Partage d'évangile quotidien
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Des caprices du tyran

Ven. 7 Février 2025

Il y a peut-être certains hommages qui sont en fait des enterrements. Si cette histoire de danse lascive a pu susciter l'intérêt de nombreux artistes au cours des siècles, ne sont-ils pas cependant passés ainsi à côté de ce qui était le plus important ?

On se demande un peu pourquoi deux évangiles sur quatre ont tenu à raconter cette histoire de la mort du Baptiste, Marc étant d'ailleurs celui qui s'y complaît le plus. Il l'introduit ici dans une sorte de vide du récit, entre l'envoi des douze en mission, et leur retour qui va suivre, comme si le conteur s'adressait à son auditoire : pendant qu'ils sont en train de proclamer la bonne nouvelle et guérir malades et possédés, laissez-moi vous raconter la dernière, figurez-vous, etc...

Bien sûr on peut voir un genre de parallèle, et d'anticipation, entre cette fin du Baptiste et celle de Jésus : tous les deux sont sacrifiés, exécutés, alors qu'ils étaient innocents, mais les circonstances sont quand même très différentes : Jean doit son sort à la libido de Hérode, quand Jésus sera éliminé pour des raisons de pure prudence politique. Jésus représentait un réel danger pour l'ensemble du peuple, à cause de ce peuple, de ses fantasmes, de croire qu'il leur aurait été possible de chasser les romains à coups de miracles.

Peut-être faut-il alors voir le récit de cette fin du Baptiste comme un gage envers les disciples du Baptiste non encore convaincus que Jésus était bien le "messie". On sait que Jean lui-même se mit à en douter, suite au changement radical de style qu'avait pris Jésus quand il s'était peu à peu dégagé du simple prolongement de la prédication du Baptiste pour entrer dans sa propre vocation. Les évangiles le disent, Jean était dans la pure tradition de l'ascète qui tonne et appelle à la pénitence, du côté de la rigueur donc, quand Jésus, avec toutes les guérisons qui se produisaient, était plutôt du côté de la miséricorde, n'ayant pas peur de frayer avec les pécheurs et tous ceux mis au ban de la société.

L'héritage du Baptiste s'est prolongé jusqu'à nos jours, chez les mandéens, mais dès les débuts, les chrétiens ont essayé de convertir à leur point de vue ces disciples qui lui étaient restés fidèles. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment un hommage que d'avoir exposé ainsi les motifs de sa mort, dépendants de raisons aussi peu ragoûtantes, par rapport à celui qui est mort parce que "il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas", comme l'explique l'évangile de Jean. Entre, d'une part, celui qu'il valait mieux éliminer pour éviter une insurrection et la répression romaine qui s'en serait automatiquement suivie, et d'autre part, celui qui s'était attiré l'inimitié purement personnelle d'une femme pour des questions de mœurs conjugales, quelle mort était la plus exemplaire ?

 

 

et le roi Hérode a entendu car son nom était devenu connu
    et on disait
« Jean le baptiste s'est réveillé d'entre les morts
et c'est pourquoi les puissances agissent par lui »
    mais d'autres disaient
« il est Élie »
    et d'autres disaient
« un prophète tel l'un des prophètes »
    et ayant entendu Hérode disait
« Jean que moi j'ai décapité c'est lui qui a été réveillé ! »
    
    car c'est lui Hérode qui avait envoyé saisir Jean et le lier en prison
à cause d'Hérodiade la femme de Philippe son frère qu'il avait épousée
    car Jean disait à Hérode
« il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère »
    alors Hérodiade en avait contre lui et voulait le tuer
mais elle ne le pouvait pas parce que Hérode craignait Jean
    sachant qu'il était un homme juste et saint et il le protégeait
et en l'écoutant il était très perplexe mais il l'écoutait avec plaisir
    
mais arriva un jour opportun quand Hérode pour son anniversaire
donna un banquet pour ses grands et ses officiers et les notables de Galilée
    car la fille de cette Hérodiade étant entrée et ayant dansé
    plut à Hérode et ses convives et le roi dit à la jeune fille
« demande-moi ce que tu voudras ! et je te le donnerai »
    et il lui jura
« ce que tu me demanderas je te donnerai jusqu'à la moitié de mon royaume »
    et étant sortie elle dit à sa mère
« que demanderai-je ? »
    et elle dit
« la tête de Jean le baptiste ! »
    et étant aussitôt entrée en hâte auprès du roi elle demanda en disant
« je veux que tu me donnes tout de suite sur un plateau la tête de Jean le baptiste »
    et devenu très affligé à cause des serments et des convives
le roi ne voulut pas la trahir
et ayant envoyé un bourreau il lui commande d'apporter sa tête
et étant allé il le décapita dans la prison et apporta sa tête sur un plateau
    et il la donna à la jeune fille et la jeune fille la donna à sa mère

et l'ayant entendu ses disciples vinrent et prirent son cadavre
    et le déposèrent dans un tombeau

(Marc 6, 14-29)

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