Liberté surveillée
Comme Jésus et les disciples étaient réunis en Galilée, il leur dit : « Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. » Et ils furent profondément attristés.
Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : « Votre maître paye bien les deux drachmes, n'est-ce pas ? »
Il répondit : « Oui. » Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : « Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l'impôt ? Sur leurs fils, ou sur les autres personnes ? »
Pierre lui répondit : « Sur les autres. » Et Jésus reprit : « Donc, les fils sont libres. Mais il faut éviter d'être pour les gens une occasion de chute : va donc jusqu'au lac, jette l'hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour toi et pour moi. »
Très curieux 'miracle', rapporté seulement par Matthieu. Les percepteurs de l'impôt du Temple viennent demander la part de Jésus. Celui-ci considère qu'il ne serait pas tenu de contribuer à cette taxe en sa qualité de fils de Dieu, mais ne voudrait pas entrer dans un affrontement à ce sujet, et fait donc produire par la nature, en quelque sorte, l'argent demandé.
Ce miracle est en contradiction avec la règle générale que les signes qui s'accomplissent par Jésus le sont toujours au profit des autres, jamais pour son propre bénéfice. On se rappelle les quarante jours au désert, le refus de transformer des pierres en pain pour se nourrir. Et là, plutôt que de puiser dans la caisse commune (s'il acceptait le principe de l'impôt), soit-disant pour ne pas choquer 'les gens' (Jésus ne s'est pas privé de les choquer sur des sujets autrement plus importants), il aurait eu recours à une violation des lois de la nature ?
Ajoutons le fait que l'impôt réclamé n'était que celui de Jésus, et que l'argent récolté dans la bouche du poisson sert à payer l'impôt de Pierre aussi. Nous avons ici clairement un aphorisme de la première communauté chrétienne : en tant que 'fils de Dieu', le nouveau peuple élu que sont les chrétiens ne sont pas spirituellement tenus aux obligations formelles de soutien à la synagogue, mais doivent quand même s'en acquitter pour éviter de heurter leurs frères juifs non encore convertis.
C'est une préoccupation, évidemment, très spécifique à Matthieu.

