Parler mais ne rien dire
Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui. Jésus l'emmena à l'écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c'est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s'ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur recommanda de n'en rien dire à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu'il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
voir aussi : Libérez la parole
Sans doute y a-t-il parole et parole. Jésus semble considérer que faire la promotion de ses guérisons, c'est au moins parler pour ne rien dire, aucun intérêt donc, voire néfaste pour la réussite de sa mission. N'en sommes-nous pas encore là, deux mille ans après ?
D'une part, il est incontestable que la réputation de thaumaturge de Jésus a été une composante essentielle de son histoire publique. Mais le souhaitait-il, lui ? Marc est, des quatre évangélistes, celui qui montre le plus Jésus interdire qu'on en parle. Comme Marc est le plus ancien des évangiles, et que cette particularité de l'attitude de Jésus est gênante dans le cadre d'une communauté qui cherche à faire des adeptes, il est à peu près certain que Jésus considérait réellement que la publicité sur les signes qui s'accomplissaient par lui était un frein à la venue réelle du Royaume.
En celà, il est rejoint par toutes les traditions spirituelles. Les traditions hindoues, particulièrement, insistent sur le rôle ambivalent des signes que peut rencontrer l'âme qui chemine vers son accomplissement. Utiles pour confirmer le pélerin qu'il est sur la bonne voie, ils le mettent en même temps en danger de s'y attacher, alors que le vrai but est bien au-delà. C'est toujours la même histoire de la transfiguration : nous sommes bien, ici, montons des tentes ...

