Les places sont chères
Au moment de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze et, pendant la route, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu'ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et, le troisième jour, il ressuscitera. »
Alors la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, s'approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Voilà mes deux fils : ordonne qu'ils siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume. »
Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous y boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées par mon Père. »
Les dix autres avaient entendu, et s'indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
voir aussi : Hommes d'honneurs
On est toujours frappé par le contraste entre l'annonce de sa Passion par Jésus et la demande incongrue des fils de Zébédée, que ce soient eux qui la formulent directement, selon Marc (10,35...), ou ici leur mère, selon Matthieu. On est d'autant frappé que c'est un épisode qui n'est pas à leur gloire, donc vraisemblablement authentique, alors que l'annonce de la Passion et de la résurrection, elle, est évidemment l'effet d'une relecture ultérieure. Autant Jésus, dans les derniers temps de son ministère, pouvait en prévoir l'issue fatale, et éventuellement quelles en seraient les modalités concrètes, autant la résurrection a été un événement dont il ne pouvait imaginer la possibilité.
La juxtaposition des deux événements, l'annonce de la Passion et la demande de Jacques et Jean, est donc une construction littéraire, voulue par les évangélistes, et qui monte en épingle à quel point les disciples étaient complètement à côté de la plaque. Nous nous plaignons souvent de ce que les évangiles ne soient pas un récit historique, sous-entendant par là que les rédacteurs ont systématiquement enjolivé les faits par pur souci de propagande. Et certains d'en conclure que l'entreprise est ainsi globalement discréditée. Nous voyons ici le contraire. Y aurait-il finalement quelque chose à tirer de ces vieux tracts publicitaires ?

