Partage d'évangile quotidien
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Messie ? mais non !

Ven. 28 Septembre 2012

Luc 9, 18-22 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » 

Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. » 

Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. » 

Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » 

 

 

La crucifixion, par He-Qi

 

 

voir aussi : Messie autrement, Esotérisme

"En les réprimandant, il leur ordonne de ne dire ça à personne". Il n'y a que Matthieu qui insère d'abord une félicitation de Jésus à l'adresse de Pierre pour sa sortie. La version originale de Marc, comme Luc qui le suit ici, est nette : Jésus réagit vivement, pas question de laisser dire qu'il serait le messie. On sait que les chrétiens ont voulu, par la suite, reprendre ce thème à leur compte, affirmer, face aux juifs, que Jésus avait bien été le messie qu'ils attendaient. Jésus, lui, s'est peut-être posé la question dans les premiers temps de son ministère. Mais au moins à ce stade où nous en sommes, après que les foules, poussées par les zélotes, aient voulu le faire roi, ils refuse catégoriquement.

Il faudrait se demander si le concept de messie est vraiment compatible avec la réalité de la vie de Jésus. On comprend que dans un contexte de tensions et de concurrence de plus en plus exacerbées avec la synagogue, les premiers chrétiens s'y soient accrochés. Mais les raisons d'origine de cette affirmation tiennent-elles encore de nos jours ? Vouloir soutenir que Jésus a effectivement été le messie attendu par les juifs, ne sert qu'à vouloir les récupérer. C'est une manière indirecte de dire que leur religion ne vaut plus rien, n'a plus d'objet, qu'ils ont loupé leur chance, et que leur seule issue est de se convertir à notre façon de voir.

Jésus, lui, donc, refuse d'endosser le personnage. Sûrement à cause de ses conséquences politiques, mais pas seulement. Le concept de messie a beaucoup évolué au cours de l'histoire juive, les opinions sur son rôle précis divergent, mais dans tous les cas il s'agit d'une personne du genre providentielle, une de ces personnes dont on attend qu'elle apporte la solution définitive à tous les problèmes. Plus besoin de trop réfléchir, de se prendre en charge, de s'assumer, le messie va venir, il prendra la direction des événements, il nous dira ce que nous avons à faire et nous n'aurons qu'à lui obéir...

Jésus, lui, ne prétend pas faire quoi que ce soit à la place de qui que ce soit. Rédempteur, victime propitiatoire, sauveur du genre humain, tous ces rôles, ce sont les chrétiens qui les lui ont attribués. Lui, il était venu allumer un feu dans le cœur de chacun. C'est à chacun de découvrir le Père en soi, de s'ouvrir à l'Esprit, de vivre sa propre aventure de Fils de Dieu. "Je mettrai mon Esprit sur toute chair" : en sommes-nous convaincus, ou trouvons-nous plus commode de laisser "ceux qui savent", les 'spécialistes', nous dire ce que nous devons croire et penser ? Sommes-nous à l'école de l'homme Jésus, ou à celle du Christ des églises ?