Plans sur la comète
Zacharie, son père, fut rempli de l'Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques :
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, parce qu'il a visité son peuple pour accomplir sa libération. Dans la maison de David, son serviteur,il a fait se lever une force qui nous sauve. C'est ce qu'il avait annoncé autrefois par la bouche de ses saints prophètes : le salut qui nous délivre de nos adversaires,des mains de tous nos ennemis. Il a montré sa miséricorde envers nos pères,il s'est rappelé son Alliance sainte : il avait juré à notre père Abraham qu'il nous arracherait aux mains de nos ennemis, et nous donnerait de célébrer sans craintenotre culte devant lui,dans la piété et la justice,tout au long de nos jours. Et toi, petit enfant,on t'appellera prophète du Très-Haut,car tu marcheras devant le Seigneurpour lui préparer le chemin, pour révéler à son peuple qu'il est sauvé,que ses péchés sont pardonnés. Telle est la tendresse du coeur de notre Dieu ; grâce à elle, du haut des cieux,un astre est venu nous visiter ; il est apparu à ceux qui demeuraient dans les ténèbreset dans l'ombre de la mort,pour guider nos passur le chemin de la paix. »
voir aussi : Parole libérée, Le protecteur, Précurseur de la promesse
Les premiers chrétiens étaient des juifs, qui se considéraient comme juifs à cent pour cent. Ce n'est pas eux qui ont donné le titre de Fils de Dieu à Jésus. Pour eux Jésus était le Messie, malgré toutes les réticences que Jésus lui-même avait pu avoir sur ce titre. Le problème, c'est que ces réticences, Jésus ne les a pas eues dès le début. D'une certaine manière, il n'était pas faux de le considérer comme le Messie, mais un messie purement spirituel, dégagé de toutes notions politiques.
Jésus s'est donc fait avoir, il a été débordé par ce concept dont il ne s'est pas méfié suffisamment tôt. Quand il s'en est rendu compte – le fameux épisode de la multiplication des pains, où une foule de plusieurs milliers de personnes se sont trouvées prêtes à marcher sur Jérusalem derrière lui pour s'emparer par la force du pouvoir, au moins du pouvoir religieux –, il a bien sûr coupé court à ce mouvement. Mais il semble qu'il n'a pas non plus réussi à faire comprendre à ses disciples que son royaume était une affaire de révolution strictement intérieure. L'ambiguïté a perduré jusqu'à sa mort.
Les événements, quels qu'ils soient, qui ont suivi sa mort – ceux qui nous sont rapportés comme étant ses apparitions et la venue de l'Esprit saint – n'ont fait, dans un premier temps, que réactiver la dimension messianique erronée. Nous trouvons alors dans les évangiles que Jésus ne leur aurait interdit de le proclamer Messie que jusqu'à sa mort, mais qu'à partir de sa résurrection ils pourraient alors le proclamer haut et fort. C'est ce qu'ils ont voulu croire. C'est ce qu'ont cru la quasi totalité des premières communautés, ces communautés composées presque exclusivement de juifs, et ce jusqu'à la destruction de Jérusalem et leur exclusion définitive des synagogues.
Ces premières communautés se sont donc fourvoyées, le couperet de l'histoire a d'ailleurs été sans appel : elles ont disparu. Ceci dit, donc, ce n'est pas elles qui ont forgé le concept de Fils de Dieu. Celui-ci nous vient de deux branches, minoritaires, et avec des significations différentes pour chacune des deux : les mouvances johannique et lucanienne.
L'analyse historico-critique distingue dans l'évangile de Jean trois 'rédacteurs' successifs principaux. Le premier est "le disciple que Jésus aimait". Ce n'est pas un des douze, c'est un sadducéen, très bien introduit dans le gratin de l'oligarchie de l'époque. Partisan de Jésus en secret, pour ne pas compromettre sa situation, il est très bien renseigné sur tout ce qui s'est passé à Jérusalem. Cette source de base de l'évangile n'a d'ailleurs peut-être rien écrit elle-même, elle n'a peut-être que transmis son témoignage au responsable principal de l'évangile, celui qui lui a donné sa coloration dominante, qui est un gnostique.
L'évangile de Jean traduit en effet essentiellement une vision de Jésus très proche de la gnose. Le rédacteur final tentera d'en effacer les aspect les plus excessifs, à une époque où il deviendra nécessaire pour cette communauté de quitter son splendide isolement pour se fondre dans la mouvance lucanienne issue de Paul. Mais dans la perspective de la gnose, donner à Jésus le titre de Fils de Dieu n'a pas encore la signification d'exclusivité qu'il va prendre par la suite. Jésus est Fils de Dieu signifie qu'il a accompli, réalisé, la perfection de l'aventure humaine, à laquelle chacun est appelé.
C'est uniquement, donc, dans la suite de Paul puis de Luc que Jésus devient Fils de Dieu au sens exclusif que lui seul l'est et pourra jamais l'être. La raison est que le contexte de Paul, de Luc, et de leurs successeurs, dont nous sommes tous les héritiers, est un contexte de concurrence avec d'autres religions. Pour les premières communautés d'origine juives, il n'était question que de rester au sein du judaïsme, convaincre leurs coreligionnaires que Jésus est le Messie suffisait largement à leurs objectifs. Pour les gnostiques, que Jésus ait été un 'parfait' n'est pas exclusif qu'il y en ait eu d'autres, et encore moins qu'il puisse y en avoir d'autres à l'avenir, au contraire, c'est même là leur objectif. Il n'y a que dans l'objectif d'une conquête du 'monde entier', de confrontation à d'innombrables dieux et divinités, qu'il est nécessaire d'asseoir l'autorité de Jésus dans une position indétrônable : il devient donc Dieu lui-même sous la forme de 'Fils de Dieu', unique, inégalable à jamais, depuis toujours et pour toujours.
Puissions-nous en ce temps de Noël nous souvenir de son message à lui. Il n'a que faire de tous les titres que nous aimerions lui donner. Il n'espère qu'une chose : que nous accueillions, et nous engagions résolument, dans la seule aventure qui vaille, celle qu'il a suivie lui-même : nous découvrir, chacun, chacune, fils de Dieu.

