Partage d'évangile quotidien
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Les commencements

Lun. 7 Janvier 2013

Matthieu 4, 12-25 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali,route de la mer et pays au-delà du Jourdain,Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière.Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort,une lumière s'est levée. A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » 

Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent. 

Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. Sa renommée se répandit dans toute la Syrie et on lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés ; et il les guérit. De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de la Transjordanie. 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Premiers pas, Pêcheur d'hommes

Il est intéressant de lire ce passage de Matthieu juste après les textes que nous avions la semaine dernière. Nous voyons ainsi deux versions des commencements de la vie publique de Jésus, la version des évangiles synoptiques et la version de l'évangile de Jean. Voyons donc en quoi ils diffèrent et en quoi ils concordent.

Il nous est dit ici que c'est l'arrestation de Jean Baptiste qui pousse Jésus à retourner en Galilée. L'évangile de Jean, pour sa part, n'établit pas de lien entre les deux événements, mais il n'affirme pas non plus le contraire. Jésus était disciple du Baptiste, il tenait une place importante dans son entourage, sans doute était-il son fils spirituel, son successeur désigné. Il n'est pas impossible qu'il ait choisi de rompre avec Jean sous la seule pression de sa vocation propre, mais le plus vraisemblable est que c'est l'arrestation de Jean qui a déclenché le processus prévu de passation de pouvoir.

Un élément qui plaide énormément en ce sens, c'est le contenu du message que Jésus se met alors à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Ce message est exactement le même que celui de Jean ! Il n'y a strictement aucune différence, aucune nouveauté. Un peu plus loin, les synoptiques nous diront que Jésus et ses disciples baptisent eux aussi. On a donc l'impression d'une continuité toute naturelle, sans à coup. Si Jésus s'était séparé de Jean de sa propre initiative, il n'en serait pas ainsi : l'originalité de sa démarche par rapport à celle de Jean devrait apparaître immédiatement, il se serait démarqué tout de suite de son mentor.

Nous pouvons donc tenir, avec une très forte probabilité, que c'est l'arrestation de Jean qui enclencha le processus par lequel Jésus allait prendre son autonomie, s'émanciper de son maître. Ceci n'empêche pas qu'il avait pourtant déjà reçu sa révélation fondamentale d'un Dieu Père, cette révélation qui va le faire évoluer si loin de Jean que ce dernier finira par douter de lui. Cette révélation agissait déjà en lui, mais comme un germe qui n'allait éclore que plus tard, comme un germe qui se développait d'abord en lui, le transformant lui intérieurement, avant qu'il puisse en transmettre quelque chose aux autres.

Une autre différence qui apparaît ici entre la version synoptique et l'évangile de Jean, c'est le moment de l'appel des premiers disciples. Pour l'évangile de Jean, c'est alors qu'ils étaient encore disciples du Baptiste, à Béthanie de Transjordanie, que Jésus recruta ses premiers fidèles. Selon les synoptiques, c'est seulement après son retour en Galilée, sur les bords du lac, que cela eut lieu. Ces deux versions ne sont pourtant pas aussi incompatibles qu'il y paraît à première vue.

L'évangile de Jean ne décrit en fait pas vraiment un appel. Il parle seulement de gens – l'évangéliste lui-même, André, Simon, Philippe, Nathanaël – qui s'attachent à Jésus, qui veulent rester près de lui et le suivre. On remarque d'ailleurs que, à part l'évangéliste, ce sont tous des galiléens, et qui plus est de la même région... Il n'est alors pas étonnant que ce soient ces gens-là qui décident de suivre Jésus quand, après l'arrestation du Baptiste, il s'en retourne au pays. Mais à ce stade là, Jésus n'avait pas encore donné la nouvelle impulsion qui allait démarrer son ministère personnel, il n'y avait pas encore eu de signes – les 'miracles' ; ils continuent seulement dans la région de Capharnaüm ce qu'ils faisaient déjà avec Jean en Transjordanie. Ils sont même plutôt moins impliqués, puisqu'ils ont repris leur métier de pêcheur en parallèle à leur activité missionnaire.

Les synoptiques, pour leur part, nous parlent du moment où Jésus prit son véritable essor, le moment où il commence à faire la différence avec le Baptiste. Ce n'est plus "le Royaume est proche", c'est la "Bonne Nouvelle du Royaume", le Royaume déjà là, déjà commencé, avec la guérison des malades, des infirmes et des possédés. Il ne s'agit plus seulement de dire aux gens de se préparer, il s'agit de les faire vraiment entrer dans le Royaume, et pour cela de les capturer, de les prendre comme des poissons dans un filet. C'est vraiment une toute autre aventure que celle qu'ils ont vécue avec le Baptiste.