Partage d'évangile quotidien
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Être ou ne pas être

Mar. 11 Juin 2013

Matthieu 5, 13-16 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

«c'est vous qui êtes le sel de la terre si le sel devient dessalé avec quoi le salera-t-on il ne sert plus à rien si ce n'est à être jeté dehors et à être piétiné par les hommes 

« c'est vous qui êtes la lumière du monde de la durée présente elle ne peut pas une ville être cachée si au sommet d'une montagne elle est placée et ils n'allument pas une lampe [à huile] pour la placer sous le boisseau mais [ils la placent] sur le candélabre et ainsi elle illumine tous ceux qui [sont] dans la maison qu'ainsi elle illumine votre lumière devant la face des hommes afin qu'ils voient vos belles et bonnes actions et qu'ils glorifient votre père celui qui est dans les cieux » 

 

 

Le matin de Pâque, par He-Qi

 

 

voir aussi : Qui a vu verra, Discrètes nécessités

Deux images, on pourrait dire deux paraboles : le "sel de la terre" et la "lumière du monde", comme nous donnent pratiquement toutes les traductions. Chouraqui seul varie un peu, en parlant de la lumière "de l'univers". Et il a raison, à mon avis, parce que le mot 'monde' a trop de sens possibles dans notre langue. Le 'monde' peut effectivement être synonyme de l'univers, mais nous disons aussi par exemple une place noire de monde, et dans ce cas le 'monde' désigne l'ensemble des représentants du genre humain. Et comme l'image sur la lumière "du monde" se conclut par un appel à la faire briller "devant les hommes", nous avons automatiquement tendance à penser que le monde dont il et question ici est le genre humain, alors que le mot original grec κόσμος (cosmos) ne peut pas avoir ce sens.

Faisons donc, pour l'instant, complètement abstraction de cette conclusion, qui n'est pas sans rapport avec les deux images, mais qui en restreint la portée. Nous sommes le sel de la terre et la lumière de l'univers ! Que nous puissions être le sel de la terre, nous l'admettons éventuellement : nous pouvons considérer que l'homme est la forme la plus aboutie, à ce jour, de la vie, pour autant que nous sachions, et par conséquent que c'est lui qui a le plus le pouvoir de donner sens à l'évolution de son milieu. C'est une grande responsabilité, exaltante, et un peu écrasante aussi à notre époque... Mais la lumière du cosmos, de l'univers ? Attention : à l'époque de Jésus, le ciel et les étoiles ne sont pas des galaxies susceptibles d'abriter d'autre formes de vie et de conscience ! L'univers, c'est bien la terre et le ciel, mais le ciel signifie le monde céleste, le lieu où résident Dieu et toutes ces créatures que nous appelons communément les anges. Et c'est de cela que nous sommes la lumière ? C'est en tout cas ce que nous dit le texte, et c'est conforme aussi à ces traditions, parallèles à la Bible, qui disent qu'effectivement Dieu a fait l'homme comme centre de l'univers, et que ce fut même l'origine de la révolte d'une partie des anges qui refusaient de l'accepter.

Lumière de l'univers, parce que Dieu est en nous, évidemment. Ce n'est quand même pas nous qui allons éclairer Dieu, mais, donc, Dieu compte absolument sur nous pour éclairer l'univers : on ne met pas une lampe sous le boisseau ! Tel est le sens originel de ces images données par Jésus. Et il nous faut imaginer la foule des petites gens de Galilée entendant ces mots. C'est ainsi que nous comprenons vraiment ce qu'il voulait dire. Jésus, lui, ne s'adressait pas à une communauté constituée de chrétiens qu'il voulait encourager à témoigner fièrement de leur foi malgré les persécutions. Ça, c'est Matthieu, et la conclusion sur la lumière qui doit briller devant les hommes est de lui, de son temps, postérieure. Non, Jésus voulait seulement rendre à tous ces gens, qui allaient courbés sous le poids de la condition qui leur était faite, leur véritable dimension de fils et filles de Dieu : le sel de la terre, la lumière de l'univers. Et même s'ils ne comprenaient pas tout ce que cela peut vouloir dire, je suis certain que quelque chose passait, que leur charge s'en trouvait allégée. Et pour nous aussi, aujourd'hui, n'ayons pas peur de nous le redire : nous sommes la lumière de l'univers, nous sommes le sel de la terre ! Ne nous laissons pas enfermer par les idéologies ni les marchands, le système, ou l'air du temps : n'oublions pas qui nous sommes.