Partage d'évangile quotidien
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Jeu. 22 Août 2013

Matthieu 22, 1-14 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus prend la parole. De nouveau il leur parle en paraboles. Il dit : 

« Le royaume des cieux ressemble à un homme, un roi, qui fait les noces de son fils. 

« Il envoie ses serviteurs inviter les invités aux noces... et ils ne voulaient pas venir.  De nouveau, il envoie d'autres serviteurs en disant : “Dites aux invités : Voici, j'ai préparé mon déjeuner. Mes taureaux et les animaux gras sont sacrifiés. Tout est prêt : venez aux noces !” Mais eux ne s'en soucient pas : ils s'en vont, qui à son champ, qui à son commerce. Les autres se saisissent de ses serviteurs, les insultent et les tuent. Le roi en colère expédie ses troupes pour perdre ces meurtriers et incendier leur ville. 

« Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais les invités n'étaient pas dignes. Allez donc à l'orée des chemins, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces !” Ces serviteurs sortent sur les chemins ; ils rassemblent tous ceux qu'ils trouvent, mauvais comme bons. Et la noce est pleine de convives. 

« Le roi entre observer les convives. Là, il voit un homme non vêtu d'un vêtement de noce.  Il lui dit : “Compagnon, comment es-tu entré ici sans avoir un vêtement de noce ?” Lui se muselle.  Alors le roi dit aux serviteurs : “Liez-le, pieds et mains, et jetez-le dehors, dans la ténèbre extérieure ! Là sera le pleur, le grincement des dents.” 

« Car beaucoup sont appelés, mais peu, élus. » 

 

 

Les noces de Cana, par He-Qi

 

 

voir aussi : Tenue de soirée de rigueur, Noces sanglantes, Le fait du prince

C'est une parabole qu'on ne trouve que chez Matthieu et Luc (14, 16-24), pas chez Marc, donc une parabole de ce qu'on appelle la source Q. Matthieu et Luc l'ont, cependant, chacun de leur côté passablement modifiée. Regardons comment, et essayons de comprendre pourquoi.

Chez Matthieu, d'abord, il s'agit d'un roi qui organise les noces de son fils, alors que chez Luc c'est simplement un homme qui donne un festin. C'est sans doute Matthieu qui, là-dessus, a conservé la version originelle. Luc rapporte en effet la parabole comme une leçon donnée par Jésus à un "chef des pharisiens" qui l'a invité à manger, il l'adapte donc au niveau de l'interlocuteur de Jésus pour qu'elle lui parle plus directement. On sait, par ailleurs, qu'un des thèmes les plus omniprésents, sinon le thème central, de la source Q est le Royaume. Il y a donc de fortes chances que la version initiale parlait d'un roi. Le fils pour lequel le roi organise les noces pourrait alors faire allusion à Jésus, mais ce n'est pas certain. Il ne faut en tout cas pas l'interpréter comme signifiant que Jésus est fils de Dieu : ce thème-là est absent de la source Q.

Ensuite, chez Matthieu comme chez Luc, les invités se récusent, mais Matthieu va beaucoup plus loin que Luc, puisque chez lui des invités vont jusqu'à tuer les serviteurs qui leur avaient été envoyés, ce qui déclenche une guerre de rétorsion de la part du roi contre ses invités récalcitrants ! Nous retrouvons la tendance de Matthieu à prêter à Dieu des réactions humaines. Nous l'avions vu la semaine dernière revenir sur sa parole et devenir sans pitié, aujourd'hui nous le voyons rendre œil pour œil et dent pour dent, si ce n'est pire, et incendiaire... Nous avons du mal à croire que Jésus ait parlé ainsi. Nous pensons plutôt au Matthieu d'après l'expulsion des chrétiens hors de la synagogue, le Matthieu blessé d'avoir été déraciné, celui du discours de malédiction contre les pharisiens auquel nous arriverons bientôt. Le meurtre des serviteurs est un thème qui se trouvait déjà dans la parabole dite des "vignerons homicides", que la liturgie vient de sauter, où ils sont généralement considérés comme symbolisant les prophètes régulièrement envoyés par Dieu à Israël et régulièrement maltraités par Israël lui-même. Cette parabole-là ne provient pas de la source Q, mais on ne voit pas en quoi ce thème serait contradictoire avec sa théologie. Luc n'a pas repris le meurtre des serviteurs, cela n'aurait sans doute pas été plausible dans son cadre d'un simple festin offert par un notable.

Ensuite, à nouveau les deux évangélistes se rejoignent pour décrire l'envoi de serviteurs pour chercher du "tout-venant" en remplacement des invités prévus initialement, mais Luc décrit même deux tournées successives de "ramassage". Une première fois les serviteurs sont envoyés "sur les places et dans les rues" de la ville, puis, comme la salle du festin n'est pas encore remplie, une seconde fois il s'en vont chercher des convives improvisés "sur les chemins et dans les champs-clos". Autrement dit, les serviteurs ratissent d'abord la ville, avant de battre la campagne. Cette double origine géographique et culturelle des convives, symbolise sans doute, de la part de Luc, la double origine des membres de ses communautés, juifs et païens. Dans les Actes des Apôtres, Luc décrit répétitivement un Paul qui, chaque fois qu'il arrive dans une nouvelle ville, s'adresse en premier à la communauté juive locale pour lui délivrer son message, puis qui se tourne ensuite vers les païens dans le même but. On comprend que Matthieu n'avait pas les mêmes arrières-pensées, et le texte originel non plus.

Et puis, enfin, une grande extension de Matthieu seul, qui nous fait à nouveau furieusement penser à la parabole de la semaine dernière. Le roi qui, après avoir quasiment contraint de force les vagabonds de son royaume à entrer dans la salle des noces, s'en prend à un de ces malheureux sous le prétexte qu'il n'avait pas d'habits du dimanche à se mettre... Je sais ce que disent les défenseurs de ce passage généralement : que derrière l'habit de noces, il faut entendre que ce convive-là n'est pas là de bon cœur, qu'il ne se réjouit pas du mariage du fils. Certains allèguent même que les vêtements de noce étaient fournis par le roi lui-même, qu'il s'agit donc d'un vraiment mauvais coucheur pour avoir refusé de l'endosser ! ce dernier détail est évidemment une extrapolation sans aucun fondement. Mais même pour ce qui est du simple état d'esprit des convives, l'histoire précise bien que les serviteurs ont rassemblé tous ceux qu'ils ont trouvés, "bons comme mauvais" ! Ce sont donc ici de nouveau ces incohérences de Matthieu, qui a décidément du mal à oublier son YHWH vindicatif, potentat autoritaire et quelque peu arbitraire.