Le fils et pas le Fils
« Je vous dis : qui se déclarera pour moi devant les hommes, le fils de l'homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Et qui m'aura nié en face des hommes sera renié en face des anges de Dieu !
« Qui dira une parole contre le fils de l'homme, cela lui sera remis. Mais qui aura blasphémé contre le saint Esprit, cela ne sera pas remis.
« Quand ils vous feront entrer devant les synagogues, les pouvoirs et les autorités, ne vous inquiétez pas : comment ? ou en quoi vous défendre ? ou que dire ? Car l'Esprit saint vous enseignera, à cette heure même, ce que vous devez dire. »
voir aussi : Suprématie de l'esprit, et du Saint-Esprit, Témoignage capital, Tactique de combat
C'est la suite (et la fin) du petit discours d'hier pour les temps du martyre. C'est bien évidemment la communauté chrétienne qui fait prononcer ces paroles par Jésus : faut-il rappeler qu'au moment de sa mort, les disciples en étaient encore tous à l'attente d'un royaume terrestre, et que Jésus ne savait déjà pas s'il y aurait la moindre suite à son action sur terre, encore moins si ses disciples s'organiseraient, ni témoigneraient de quoi que ce soit... De même, Jésus ne savait pas non plus ce qu'il adviendrait de lui-même, il ne prévoyait pas sa 'résurrection', ainsi ces langages de "fils de l'homme" discutant avec les anges, et de "saint Esprit" enseignant ses disciples, ne sont pas de lui non plus, c'est la théologie des premières communautés qui a forgé ces concepts.
On est frappé par la différence de traitement entre celui qui "dira une parole contre le fils de l'homme" et celui qui "blasphèmera contre le saint Esprit". Mais c'est justement parce que les concepts ne sont pas encore, à ce moment, ceux que nous connaissons aujourd'hui. Le "fils de l'homme" ici, qui désigne clairement Jésus monté dans le ciel et assis à la droite de Dieu puisque sa parole fait autorité parmi les "anges de Dieu", n'est pas encore l'équivalent de notre Fils, deuxième personne de la Trinité, tel que développé par la théologie ultérieure. Ce fils de l'homme se tient dans le ciel et uniquement dans le ciel, il n'a plus de rapports directs avec nous, les hommes, contrairement au saint Esprit qui est justement venu prendre en quelque sorte le relai de Jésus sur terre, et c'est pourquoi il est dit qu'il nous sera pardonné de mal parler du fils de l'homme, qui ne nous est plus vraiment accessible, mais pas du saint Esprit qui, lui, nous est présent. On n'est donc vraiment pas encore arrivé à la théologie de la Trinité ! les briques sont en train de se mettre en place, les concepts se forgent, mais n'ont pas encore atteint leur développement final, et ce n'est sans doute pas plus mal...
De ce même point de vue, la première sentence est aussi intéressante. On se demande d'abord si elle n'est pas en contradiction avec la seconde, puisqu'il est dit maintenant que celui qui "aura renié Jésus en face des hommes sera renié en face des anges". Mais non, justement, parce que ici non plus on ne peut pas tout mettre dans le même grand sac du Fils, seconde personne de la Trinité. Renier Jésus, celui qui est en train de parler, donc le Jésus terrestre, n'est pas la même chose que de dire du mal du fils de l'homme, donc du Jésus 'céleste'. Les deux Jésus sont en lien l'un avec l'autre, puisque déclarer sa foi au premier devant les hommes entraîne le second à nous donner ses suffrages devant les anges, et inversement. Pourtant, notre adhésion au premier ne nous oblige pas automatiquement à adhérer au second, puisque si nous parlons contre lui cela nous sera remis...

