Partage d'évangile quotidien
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Plus près, tu meurs ?

Jeu. 14 Novembre 2013

Luc 17, 20-25 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il est interrogé par les pharisiens : « Quand vient le royaume de Dieu ? » Il répond et leur dit : « Le royaume de Dieu ne vient pas de façon à être épié.  Ils ne diront pas : "Voici, ici !" ou : "Là !" car, voici : le royaume de Dieu est au milieu de vous. » 

Il dit aux disciples : « Viendront des jours où vous désirerez voir un seul des jours du fils de l'homme, et vous ne verrez pas !  Ils vous diront : "Voici : là ! Voici : ici !" N'y allez pas ! Ne vous précipitez pas ! Car de même que l'éclair éclairant resplendit depuis un point sous le ciel jusqu'à un point sous le ciel, de même sera le fils de l'homme en son jour. Mais d'abord il doit souffrir beaucoup et être rejeté par cet âge. » 

 

 

Élie endormi, par He-Qi

 

 

voir aussi : L'homme invisible, Vaines attentes, Le grand soir, Avènement

Nous retrouvons, réunies ici en un contraste presque saisissant, deux visions du Royaume apparemment contradictoires. Dans la première péricope, il est dit que la venue du Royaume n'est pas un événement observable extérieurement. C'est une rupture avec les conceptions de l'époque, d'un messie venant l'inaugurer. Tout le monde pensait qu'il y aurait des changements importants et manifestes, à commencer par le rétablissement de la souveraineté d'Israël sur son territoire. Jésus, ici, nie cette conception : le Royaume est déjà là, à son époque, aujourd'hui encore, et avant lui certainement aussi. On n'est plus dans une histoire de fin de l'histoire, de fin du monde. Le monde peut perdurer, il le fera certainement.

Ceci nous amène à la seconde péricope du jour. On ne parle plus exactement du Royaume, mais de la venue du fils de l'homme : c'est un discours de la première communauté chrétienne, qui a remplacé la venue du Royaume par le retour de Jésus après son ascension dans le ciel. Mais ce qui nous frappe, c'est que visiblement cette communauté n'a pas compris ce que nous venons de voir. Du vivant de Jésus, on sait que les disciples étaient restés fixés, coincés, jusqu'au bout, sur leurs attentes terrestres. Même lors des apparitions du ressuscité, on trouve encore "est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté d'Israël ?" (Actes 1, 6). On pouvait espérer que la venue de l'Esprit leur avait permis de dépasser ce stade ! De fait, certains vont le faire, plutôt du côté des communautés pauliniennes. Mais beaucoup se sont contenté de remplacer l'attente du Royaume par l'attente du retour de Jésus, la parousie, les deux événements n'en faisant plus qu'un. Et, malheureusement, nous en sommes toujours un peu là, même deux mille ans plus tard...

Quel chrétien ne croit pas qu'il y aura une fin des temps, une résurrection finale et générale ? Si encore cette erreur de perspective s'en arrêtait là, ce ne serait que demi-mal. Mais cette conception signifie aussi qu'on croit qu'il nous faudra, en premier passer par notre mort, puis ensuite attendre ce "grand jour", pour pouvoir enfin éventuellement entrer dans le Royaume ! Le Royaume devient un séjour réservé aux morts, radicalement séparé de ce monde-ci. Ces façons de voir les choses sont non seulement erronées mais de plus dangereuses. Car non seulement le Royaume est au milieu de nous, mais de plus, lorsque nous serons morts, il sera trop tard pour le trouver. Il n'y a qu'ici, maintenant, que nous pouvons y entrer...