Partage d'évangile quotidien
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Au ciel comme sur terre

Jeu. 28 Novembre 2013

Luc 21, 20-28 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Quand vous verrez encerclée par des camps Iérousalem, alors, connaissez que sa dévastation est proche ! Alors : ceux de la Judée, qu'ils fuient dans les montagnes ! Ceux du milieu de la ville, qu'ils s'en éloignent ! Ceux des campagnes, qu'ils n'y entrent pas ! Parce que ce seront des jours où justice se fera pour effectuer tout ce qui a été écrit. Malheureuses celles qui ont dans leur sein, et celles qui allaitent, en ces jours-là ! Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple. Ils tomberont par la bouche de l'épée, ils seront déportés chez toutes les nations, Iérousalem sera foulée aux pieds des nations jusqu'à ce que s'accomplissent les temps des nations. 

« Seront des signes en soleil, lune et astres ; et sur la terre, les nations oppressées, effarées du fracas de la mer et des flots. Les hommes rendront l'âme de crainte dans l'attente de ce qui vient sur l'humanité, car les puissances des cieux s'ébranleront. Alors ils verront le fils de l'homme venir dans une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. Quand cela commencera à arriver, redressez-vous, élevez vos têtes : c'est qu'elle est proche, votre délivrance ! » 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Scénario catastrophe, Monde nouveau, Finale spectaculaire, Temps nouveaux

Nous avons nettement deux parties dans le texte d'aujourd'hui. D'abord une description au futur de la guerre de 70, que l'auteur a évidemment vécue pour pouvoir la décrire ainsi : ce sont la destruction complète de Jérusalem et le massacre de toute sa population qui lui permettent ces recommandations de fuir la ville, pour ceux qui s'y trouvent, et de ne surtout pas y venir, pour ceux qui se trouvent en-dehors. C'est parce qu'il sait aussi déjà que la majeure partie de la population qui a échappé aux massacres est, soit partie volontairement à l'étranger, soit y a été déportée, qu'il peut parler de cette dispersion dans les nations. On note, cependant, que l'auteur n'a pas perdu tout espoir que Jérusalem puisse se relever un jour, puisqu'il évoque l'idée que "le temps des nations" finira sans doute par s'achever. Nous savons que cela s'est en partie réalisé quelques dix-neuf siècles plus tard. Il peut nous sembler difficile de faire coïncider l'espérance de l'auteur de ce texte avec la constitution de l'état d'Israël en 1948, mais peu importe.

En tout cas, ce n'est pas vraiment dans ce sens que le récit poursuit maintenant. S'appuyant sur cet événement désastreux à de nombreux points de vue, l'auteur en effet se projette alors dans un futur censé résoudre la situation par le haut. Ces troubles, qui n'en étaient finalement restés quand même qu'au seul niveau terrestre, débouchent alors sur des perturbations d'une toute autre ampleur, puisque c'est tout le cosmos qui tremble sur ses bases. Plus rien n'échappe à cette seconde catastrophe, tant dans le ciel, dont les astres se trouvent ébranlés, que sur terre, à l'assaut de laquelle se lancent les flots de la mer déchaînée. Il faut se rappeler ici la cosmologie hébraïque, pour laquelle les corps célestes symbolisent l'immuabilité de Dieu par la régularité éternelle de leurs mouvements, et que la mer est le chaos initial duquel ce même Dieu a fait émerger la terre. Aussi, si la mer menace maintenant la terre, c'est que tout est en train de retourner à son néant d'origine...

Ainsi l'auteur ne peut-il imaginer le Royaume qu'en opposition à ce monde. Ce monde doit disparaître pour que le nouveau puisse naître. Il n'y a pas de continuité entre les deux, pas de lien, le premier doit mourir, il n'y a rien de bon en lui qui puisse subsister. Une telle eschatologie est évidemment en accord avec la conception d'un Jésus Dieu, puis d'une nature humaine irréductiblement défectueuse à la base, faussée dès le départ, et d'un rachat seulement possible par le sacrifice du Fils de Dieu. Il y a une cohérence indiscutable dans une telle théologie. Mais ne peut-on en dire autant de toute idéologie ? Ce sont effectivement des colosses, mais au pied d'argile. Celui-ci a duré sans doute bien plus longtemps que de nombreux autres, cela ne peut en aucun cas suffire à justifier qu'il perdure encore. Je ne me fais pas trop d'illusions, l'erreur qui le fragilise a encore de beaux jours devant elle. Le dualisme est une maladie d'enfance contre laquelle il n'existe pas de vaccin, c'est sans doute même une nécessité, un passage obligé dans le développement de toute personnalité. Mais on ne peut pas non plus rester un enfant toute sa vie !