Partage d'évangile quotidien
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Granguignolesque

Mar. 26 Novembre 2013

Luc 21, 5-11 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Certains disent du temple qu'il est orné de belles pierres et d'ex-voto. Il dit :  Ce que vous voyez ?... Viendront des jours où il ne sera laissé pierre sur pierre qui ne sera détruite. »  Ils l'interrogent et disent : « Maître, quand donc seront ces choses ? Et quel sera le signe, que ces choses vont arriver ? » 

Il dit : « Prenez garde, qu'on ne vous égare ! Car beaucoup viendront sous mon nom. Ils diront : "Je suis !" et : "Le temps est proche !" N'allez pas derrière eux. Quand vous entendrez guerres et révolutions, ne soyez pas épouvantés : car il faut que ces choses arrivent d'abord. Mais pas aussitôt la fin ! »  Alors il leur dit : « Se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands séismes, et, en divers lieux, famines et fléaux. Il y aura aussi des terreurs et, venant du ciel, de grands signes. » 

 

 

Le Seigneur ressuscité, par He-Qi

 

 

voir aussi : Surenchères dans la démesure, De mains d'hommes, Beauté des signes, Fin des temps

Il n'y a pas grand chose à retenir de ce passage de l'évangile de Luc. Ce discours vient de la communauté chrétienne, après 70, comme en témoignent de nombreuses indications : la destruction complète du Temple ("il ne sera pas laissé pierre sur pierre"), la guerre des romains contre les juifs entraînés par les zélotes, famines, terreurs, et d'autres encore qui viendront dans la suite de ce discours eschatologique. L'auteur — qui n'est pas vraiment Luc lui-même, puisque tous ces éléments se trouvent aussi tels quels en Marc 13, 1-8 et Matthieu, 24 1-8 — essaie d'expliquer les événements que vit la communauté selon ses catégories d'interprétation du message de Jésus, les raccrochant vaguement à quelques éléments qui peuvent effectivement venir de lui, nous y reviendrons plus loin. Il faut noter que Luc a retiré de la tradition qu'il partage ici avec Marc et Matthieu une petite phrase qui arrivait en conclusion de ce premier développement : "Tout cela : commencement des douleurs !" Autrement dit, pour cette tradition commune, ces événements étaient censés être le commencement de quelque chose, pas encore la fin mais le début de la fin, en somme. Luc ne veut donc même pas de ce "début de la fin". Luc ne croit pas vraiment à une fin, il a devant lui tout l'univers connu de l'époque à évangéliser, la destruction de Jérusalem ne signifie pas grand chose pour lui l'ancien païen, contrairement aux communautés de Marc et Matthieu, essentiellement juives de souche.

Il est certain que Jésus n'attachait pas une importance immense au Temple de Jérusalem. On peut penser qu'il avait quand même pour lui une valeur sentimentale : il y est sans doute monté chaque année de sa vie pour la Pâque. Mais il s'est suffisamment battu contre le principe des sacrifices qui y étaient offerts, et donc contre cette dimension de la religion juive qui, seule, avait besoin du Temple. Il s'est battu contre une conception de Dieu comme extérieur à l'homme, qui, seule, justifie qu'on puisse ainsi marchander avec lui. Il s'est battu pour révéler le Dieu qui est en nous, celui qu'il appelait le Père, et vis-à-vis duquel la seule chose que nous puissions faire est de nous changer nous-mêmes. On le lit clairement chez Jean 4, 21 : "L'heure vient où ce n'est ni sur le mont Garizim, ni à Jérusalem, qu'on adorera le Père", dit-il à la samaritaine auprès du puits. Mais aussi dans les synoptiques chez Marc 12, 33 : "Aimer Dieu et aimer son prochain valent mieux que toutes les offrandes et sacrifices". De là à ce qu'il ait prédit la destruction de ce Temple, il y a un pas qu'il est difficile de franchir, c'est plutôt à sa désaffection qu'il a dû penser, si seulement il s'est jamais préoccupé de cet aspect de la question...

Quant au futur retour de Jésus auquel il est aussi fait allusion ici : "Beaucoup viendront sous mon nom en disant : je suis", nous sommes cette fois dans l'invention pure et simple. Ce sont les premiers chrétiens qui ont inventé ce futur retour de Jésus pour se consoler, lorsque les apparitions du ressuscité ont cessé, et qui lui ont fait alors jouer le rôle de ce qu'était la venue du Royaume dans l'espérance juive traditionnelle. Jésus, pour sa part, d'abord n'a jamais parlé d'un Royaume qui se manifesterait ainsi un jour, pour tous, et ensuite ne savait même pas que son corps se volatiliserait après sa mort, qu'il apparaîtrait à ses disciples, etc... Jésus parlait d'un Royaume présent, "au milieu de vous", auquel chacun peut accéder quand il veut. Il n'y aura pas de "fin du monde", il n'y aura pas de "retour de Jésus". Le Royaume est là, Jésus est là, tous ceux qui s'amusent à discerner soigneusement des signes dans les guerres et catastrophes dont notre monde est accablé, et en déduisent la fin plus ou moins proche des temps, nous indiquent surtout qu'ils ne connaissent pas Jésus. Ils risquent d'attendre encore longtemps ! Ils sont dans l'illusion complète, ils confondent folklore chrétien et enseignement de Jésus, ce qui n'est pas vraiment de leur faute, malheureusement.