Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Assiégé

Sam. 25 Janvier 2014

Marc 3, 20-21 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il vient au logis. La foule se réunit de nouveau, si bien qu'ils ne peuvent même plus manger du pain ! 

Les siens l'entendent : ils sortent pour se saisir de lui, car ils disaient : « Il déraisonne ! » 

 

 

L'enfant Jésus au Temple, par He-Qi

 

 

voir aussi : Unanimité moins quelques voix, La honte, Aliéné, On se l'arrache

Quel contraste entre ces deux attitudes envers Jésus : d'un côté, une foule qui l'assiège pour le voir et l'entendre, qui va jusqu'à envahir la maison de Pierre, paralysant la vie de ses habitants, de l'autre côté, "les siens", sa famille, en fait précisément sa mère et ses frères, comme il nous sera dit (Marc 3, 31) à la fin de l'épisode dont le texte d'aujourd'hui n'est que le prologue, et ceux-là voudraient au contraire le cacher et l'empêcher de parler. L'espoir fou contre la folie alléguée. C'est un fait assuré, historiquement, la famille de Jésus n'a pas cru en lui, de son vivant. Il faut bien préciser "de son vivant", puisqu'on trouve un de ses frères, Jacques, comme responsable de la première communauté chrétienne de Jérusalem, placé par Paul au même rang que Pierre et Jean. Et vraisemblablement sa mère, Marie, a-t-elle aussi fait partie de cette première communauté, ce qui fut le point de départ, par la suite, de son culte. Il faut donc croire que, eux aussi, comme les disciples, ont été touchés par ce qu'ils ont appelé la venue de l'Esprit. Eux aussi, après sa mort, ont fini par comprendre, au moins en partie, ce dont il avait parlé, ce qu'il avait essayé de faire.

Mais pour l'instant, ils en sont loin ! Il faut reconnaître, à leur décharge, qu'eux avaient des raisons concrètes d'être mécontents de cette vie de prêcheur itinérant que Jésus avait décidé de mener. Jésus était l'aîné de la famille, et le chef, car il semble que Joseph était décédé, à cette époque : sa place aurait dû être de faire tourner l'atelier de charpente, de donner toute son énergie à soutenir matériellement sa mère, et éventuellement ses frères et sœurs qui en auraient besoin. Certes Jésus avait une trentaine d'années lorsqu'il s'est lancé dans l'aventure d'aller vivre auprès de Jean Baptiste, puis dans son propre ministère, et on peut supposer que toute sa fratrie était déjà parvenue à l'âge d'être autonome. On peut penser qu'il a été responsable au moins sur ce point. Il n'en reste pas moins qu'il s'est déchargé de sa mère sur son frère cadet (vraisemblablement Jacques). Et ce n'était peut-être pas bien grave, il est tout-à-fait possible que Jacques avait donné son accord initialement, quand il était parti rejoindre Jean Baptiste : suivre celui que beaucoup tenaient pour un prophète, partir pour mener une vie sainte d'ascèse et de purification. Mais c'est que les choses ont changé ensuite. Voilà qu'il s'est mis à fréquenter les pécheurs, à s'adonner aux banquets, et tenir tout un discours pas très orthodoxe et auquel pas grand monde ne comprenait grand chose. Ajoutez la peur de ce que vont en dire les autorités de Jérusalem, là-bas, quand tout ceci finira par arriver à leurs oreilles...

On ne sait pas comment ont progressé exactement ces sentiments dans la famille de Jésus, on ne sait quand a eu lieu précisément cette tentative de kidnapping, mais il est certain qu'elle a eu lieu, et qu'il y avait un peu de tout ça dans leurs motivations. Un mélange de ressentiment presque mesquin, d'incompréhension et de rejet de son message, et de crainte aussi, sinon pour sa vie, au moins qu'il se fasse emprisonner. C'est la notion de clan, que nous ne connaissons plus bien, qui est ici à l'œuvre. Ce qui arrive à l'un des membres frappe tout le groupe. Que les foules de malheureux et déshérités s'enthousiasment autour de quelques guérisons et des promesses de lendemains radieux, on le comprend facilement, mais les couches sociales mieux logées, elles, dont fait partie la famille de Jésus, sont nettement plus réservées, et leur opprobre rejaillit automatiquement sur Marie et ses enfants. C'est aussi leur propre considération sociale qui est en cause !