Partage d'évangile quotidien
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C'est fini

Lun. 17 Février 2014

Marc 8, 11-13 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Les pharisiens sortent. Ils commencent à lui chercher noise : ils cherchent de lui un signe du ciel, pour l'éprouver.  Il gémit en son esprit et dit : « Pourquoi cet âge cherche-t-il un signe ? Amen, je vous dis : il ne sera pas donné à cet âge de signe ! » Il les laisse. De nouveau il s'embarque, et s'en va de l'autre côté. 

 

 

Le buisson ardent, par He-Qi

 

 

voir aussi : Hors sujet, Arrêt minute, Signes par milliers

Nous l'avons dit à plusieurs reprises ces derniers temps, après la multiplication des pains Jésus change de sentiment vis-à-vis des signes qui s'étaient jusque là produits par son intermédiaire, et qui avaient fait sa réputation, par rapport à son ancien maître, Jean Baptiste. Jésus s'est rendu compte, en effet, qu'il y a un fossé, pour ne pas dire un abîme, entre le Dieu qu'il voudrait révéler, et celui que les gens déduisent de ces signes. C'est la tentative des cinq mille de l'emmener avec eux dans une aventure politique plus qu'hasardeuse, en le prenant comme figure de proue dans le rôle du futur roi, qui lui a ouvert les yeux. Il comprend donc que les gens lui attribuent des pouvoirs, ils considèrent que c'est lui qui fait les signes, et restent dans leurs vieilles lunes de Royaume terriblement terrestre, alors que ce qu'il voudrait, lui, c'est qu'ils entrent, eux aussi, dans cette relation personnelle et intime avec le Dieu Père, le Dieu présent en chacun de nous.

Qu'on ne s'y trompe pas, c'est bien une révolution que Jésus propose, mais une révolution sur la représentation que les gens se font de Dieu, et c'est certainement bien plus subversif encore que la petite révolution que eux imaginent. C'est tellement révolutionnaire, qu'ils ne comprendront jamais, pas avant sa mort et la venue de l'Esprit, et même là encore..., même ses disciples les plus proches..., à preuve ce texte, et les autres du même genre mais encore plus ambigus. Ici, on essaie de nous faire croire que ce ne seraient que les pharisiens qui n'auraient pas droit à leur signe, parce qu'ils ne l'auraient pas demandé comme il faut, parce qu'ils voudraient un signe pour le signe, que c'est de leur part une démarche purement intellectuelle et non un besoin vital. Tout ceci est vrai, d'ailleurs, sauf que la réponse de Jésus, elle, ne parle pas de ça ! D'abord il ne mentionne pas les seuls pharisiens, mais "cet âge", ce qui signifie tout le monde, sans exception. Et ensuite, il ne dit pas qu'il n'y aura pas de signe 'gratuit', sans raison, mais qu'il n'y aura pas de signe du tout. Encore une fois, l'interprétation traditionnelle de ce passage n'est pas fausse sur le fond, et Jésus l'aurait certainement développée ainsi si la question lui avait vraiment été posée, mais justement ce n'est pas ce que disent ses paroles. Ce sont donc les évangélistes qui ont agencé ce contexte pour tenter de donner un sens à ce qu'ils ne comprenaient pas.

Dans d'autres passages, qu'ont Matthieu (12, 38-42) et Luc (11, 29-32) seuls, pas Marc, on trouve une version plus élaborée de la réflexion des évangélistes sur cette question. C'est l'épisode qu'on intitule souvent "le signe de Jonas". Car tenter de noyer le poisson comme ici, en appelant à la rescousse ces braves pharisiens qui n'en sont pas à ça près, ne suffit pas à expliquer les faits en eux-mêmes, à savoir qu'effectivement, à partir de la multiplication des pains, Jésus ne s'est plus prêté au petit jeu des guérisons et exorcismes, sinon de mauvais gré. Alors, à partir de là, il reste quand même un signe, un très grand signe, qui s'est produit par la suite : le tombeau vide. Et nous voici alors avec cette prédiction, censée avoir été faite par Jésus de son vivant, bien sûr, où il annoncerait cet événement auquel il ne pouvait absolument pas penser, qu'il ne pouvait d'aucune manière imaginer, et dont il aura certainement été le tout premier surpris : la disparition, encore de nos jours scientifiquement inexplicable, de son corps après sa mort. Cette justification peut sembler très bonne, elle aussi, sur le fond, et, bien que là encore le contexte soit une controverse avec les pharisiens, elle vaudrait pour tout le monde. Sauf que, d'une part ce n'est pas la raison pour laquelle Jésus ne voulait plus que des signes se produisent par son intermédiaire, et, par conséquent, c'est interpréter aussi le signe de la disparition de son corps d'une manière contraire à celle qu'il aurait souhaité !

Nous touchons ici à un tabou pour les églises qui se réclament de lui. Qu'on pense à Paul "si Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi". Mais ont-elles tant raison que ça ? Est-ce que vraiment Jésus n'aurait plus rien à nous dire, si les événements, que les premiers chrétiens ont fini par expliciter et formuler comme étant sa 'résurrection', n'étaient pas ce qu'ils ont cru pouvoir en conclure ? C'est quand même faire une impasse singulière sur ce qu'elles appellent l'incarnation, non ? c'est pourtant dans cette schizophrénie que se tiennent les Églises depuis deux mille ans ! à vouloir à tout prix expliquer ce qu'elles ne comprenaient pas, elles ont érigé l'idole d'un Jésus Dieu, au sens d'un homme radicalement différent de tous les hommes, tout en voulant maintenir qu'il était vraiment et pleinement homme. Ce en quoi elles n'ont, évidemment, pas réussi. L'homme s'est très vite effacé devant le dieu, devenant une pure légende, à laquelle on a pu attribuer au long des siècles à peu près tous les archétypes humains possibles et imaginable, peu importait, c'était selon les besoins culturels ou politiques du moment. C'est ainsi que Jésus peut aussi bien se trouver annexé par les révolutionnaires marxistes que par les dictatures fascistes les plus réactionnaires, au mépris complet de la seule réalité qui l'ait continûment porté : faire découvrir le seul vrai Dieu, pas le juge brandi comme un croquemitaine par tous les pouvoirs en mal d'autorité, pas le seigneur des armées qui donne la victoire à ses préférés et tant pis pour les autres, ils peuvent tous crever, même pas le grand architecte devant lequel on ne peut que plonger dans la poussière tellement il nous écrase de sa toute puissance, mais celui qui est en nous, au plus intime, à la source, de notre être.

Ce Dieu-là est la vraie révolution, ce Dieu-là est la pire des subversions, car plus personne ne peut prétendre dire aux autres ce qu'ils doivent faire ou penser, dire ou croire.