Partage d'évangile quotidien
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Pas de pire sourd...

Ven. 14 Février 2014

Marc 7, 31-37 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

De nouveau, il sort des frontières de Tyr. Il vient, par Sidon, vers la mer de Galilée, au milieu des frontières des Dix-Villes. Et ils lui amènent un sourd, et malparlant. Ils le supplient : qu'il impose sur lui la main ! 

Il le prend hors de la foule, à part : il met ses doigts sur ses oreilles, il crache et touche sa langue. Il lève le regard au ciel, gémit et lui dit : « Ephphata ! », c'est-à-dire : « Ouvre-toi grand ! » Aussitôt son ouïe s'ouvre, et se délie le lien de sa langue et il parle correctement. 

Il leur recommande de ne parler à personne. Mais eux, plus il leur recommandait, plus ils clamaient sans mesure. Outre mesure, ils sont frappés. Ils disent : « Bellement, il a fait toutes choses ! Les sourds, il fait entendre, et les non parlants, parler ! » 

 

 

Le chant des anges, par He-Qi

 

 

voir aussi : Tais-toi quand tu parles !, Parler mais ne rien dire, Libérez la parole

Il ne faut pas trop chercher ici à reporter sur un atlas l'itinéraire indiqué : Tyr est au bord de la méditerranée, au nord-ouest de la Galilée, Sidon, toujours au bord de la méditerranée, encore plus au nord. Revenir vers la mer de Galilée en passant par Sidon est plutôt un gros détour. Quand à passer par la Décapole dans tout ce trajet, c'est un non-sens, puisqu'elle est située, elle, au sud-est de la mer de Galilée. Bref, retenons que Jésus continue de se balader en pays étranger, plus ou moins quand même avec l'intention de revenir vers Capharnaüm. Nous sommes toujours dans l'optique des évangélistes : il ne s'est rien passé de notable à la multiplication des pains, à part la bonne occase d'un repas gratis, Jésus ne s'est pas fâché en comprenant qu'ils voulaient l'annexer dans leur projet de révolution politique. Il faut comprendre que, jusqu'à sa mort, ils en resteront toujours là, à leur rêve de renversement du sanhédrin et d'expulsion des romains. Et même après, même après la venue de l'Esprit, ils attendront encore son 'retour' comme le jour où il prendra le pouvoir à Jérusalem...

Nous avons pourtant de bonnes raisons de regarder cette guérison d'aujourd'hui avec suspicion. Nous sommes en présence d'un mode opératoire qui n'est pas habituel chez Jésus : "il met ses doigts sur ses oreilles, il crache et touche sa langue", nous avons l'impression d'être dans un mix de médecin auscultant le patient et de magnétiseur effectuant des passes. Ce n'est pas pour dénigrer ces deux professions, mais ce n'est pas ainsi que Jésus procède généralement. Les signes qui se produisent par son intermédiaire ne sont pas un traitement médical, ni scientifique, ni empirique. Ils sont uniquement le résultat d'un processus qui suppose, d'une part la foi, ou confiance, du malade, et d'autre part la compassion de Jésus. Il faut le redire avec force : ce n'est pas Jésus qui 'produit' les signes, c'est Dieu qui guérit, c'est le salut de Dieu qui peut atteindre le malade, grâce à ces deux conditions. Et la guérison est alors instantanée, sans qu'il n'y ait eu besoin du moindre contact entre Jésus et le 'miraculé', comme dans le cas des quelques guérisons à distance qui sont rapportées dans les évangiles, notamment.

Autre indication inhabituelle, sinon exceptionnelle : "il gémit". On pourrait la ranger avec le reste de la panoplie du chaman, des accessoires du grand guignol, ça en jette pas mal le guérisseur qui émet des sons incompréhensibles. C'est une possibilité. Mais ce verbe 'gémir' (στενάζω, stenazó), dont l'emploi ici est le seul cas dans tous les évangiles, ne peut que nous faire penser à cet autre 'gémir' (ἀναστενάζω, anastenazó), de forme légèrement plus intensive, unique lui aussi dans les évangiles, chez Marc aussi, et que nous rencontrerons bientôt. Ça va être quand on demandera une fois de plus à Jésus de produire des signes : "gémissant en son esprit", il dit qu'il n'y aura plus de signes (Marc 8, 12). On peut donc encore considérer que le gémissement d'aujourd'hui traduit aussi cet énervement de Jésus avec ces histoires de signes, avec cette image qu'on a de lui, du grand magicien qui peut faire à peu près tout et n'importe quoi qui passe par la tête des gens, et de la conséquence de ce rôle qu'on lui a attribué, à savoir que son vrai message, lui, ne passe pas. Les gens ne changent pas vraiment de regard sur Dieu, tout au plus font-ils un transfert entre lui et Jésus. Ils ne comprennent pas que leur guérison vient en premier d'eux, de leur volonté et désir d'y croire. Ils ne comprennent pas que cette 'puissance' est en eux, que Dieu est en eux.