Que les saints se lèvent !
Et voici : le voile du sanctuaire se fend, de haut en bas, en deux. La terre est séismée. Les pierres se fendent. Les sépulcres s'ouvrent, de nombreux corps de saints endormis se réveillent. Ils sortent des sépulcres après son réveil. Ils entrent dans la ville sainte et se manifestent à beaucoup. Le chef de cent et ceux qui, avec lui, gardent Jésus, en voyant le séisme et ce qui est arrivé, craignent fort. Ils disent : « Pour de vrai, il était Fils de Dieu, celui-ci ! »
Les événements que rapporte ici Matthieu sont censés se passer juste au moment de la mort de Jésus. Ce passage de Mathieu est une curiosité, puisque, outre les signes apocalyptiques 'naturels' dont il aime bien user (par exemple, la 'tempête' apaisée, qui chez Marc et Luc n'est qu'un fort coup de vent soudain, est chez Matthieu, déjà comme ici, un 'séisme'), figure de plus cette résurrection des saints endormis, laquelle devrait en toute logique attendre au moins que Jésus ait été mis au tombeau. C'est ce que signifie d'ailleurs la mention "après son réveil". En sorte qu'on peut se demander si les gardes mentionnés à la suite sont ceux qui se tenaient au pied de la croix, ou ceux qui, toujours selon Matthieu seul, avaient été postés devant la sépulture "si jamais ses disciples venaient le voler". Nous avons donc apparemment affaire à une perturbation dans la trame du temps. Nous ne pouvons pas savoir si ceci est la volonté intentionnelle du rédacteur ou s'il s'agit d'erreurs de copistes. Mais nous profiterons de cette petite translation temporelle pour nous interroger sur l'agenda officiel de la résurrection.
Si on se base sur les seuls évangiles, on ne peut effectivement pas savoir quand a eu lieu la disparition du corps, entre vendredi soir, où le tombeau a été scellé, et dimanche matin, où il a été trouvé vide. Entre les deux, c'est le sabbat, où personne n'a le droit de se déplacer, du moins pas suffisamment pour que les disciples réfugiés dans le Cénacle, ou Nicodème et Joseph d'Arimathie chacun chez eux, ne puissent se rendre à proximité de la sépulture. Aussi ne savons-nous pas trop ce qui se passe entre les deux. Se basant, entre autres, sur ce passage qui parle des "saints endormis qui se réveillent", nous proclamons chaque dimanche qu'après sa mort, il est "descendu aux enfers", ce qui, lorsque cette formule a été élaborée, ne signifiait pas qu'il était allé défier le maître des lieux, mais surtout qu'il était mort et vraiment mort. Ce que nous nommons actuellement 'enfers' n'était à l'origine que le 'shéol', le lieu de séjour des morts, selon les conceptions juives de l'époque. Se trouvant alors là en compagnie, notamment, de tous les morts vénérables du passé, c'est sa propre résurrection qui aurait entraîné dans son sillage la résurrection de tous ces gens qui la méritaient eux aussi, et que Matthieu décrit ici. Et comme rien ne nous dit combien de temps et d'énergie il a fallu pour mettre en branle tout ce petit monde, rien ne nous interdit d'imaginer que le processus a débuté dès le vendredi soir, le temps de passer partout jusque dans le moindre des recoins, pour être sûr de n'oublier personne, puis d'organiser un cortège qui ait un peu de tenue, etc...
Je plaisante. Je ne suis pas trop intéressé au détail de toutes ces opérations qui ressortent plus du folklore qu'autre chose. Mais ce calendrier, d'une 'résurrection' de Jésus commençant tôt après sa mise au tombeau, vient rencontrer un autre témoignage. Je ne vais pas demander non plus à qui que ce soit de me suivre sur cet autre terrain qu'est le linceul de Turin. Je veux dire simplement que cette relique m'a longtemps plutôt rebutée, avant que je ne découvre que les éléments qui plaident pour son authenticité sont très sérieux, ce qui m'a immédiatement posé un immense problème : je ne crois guère à la divinité de Jésus comme l'entendent les Églises. Mais voyons d'abord ce qu'a à nous dire ce tissu qui nous intéresse ici. Outre les mystères, encore inexplicables par la science actuelle, sur le mécanisme qui a permis la formation de l'image qu'on y découvre, il y a d'autres messages délivrés par le linge, non sujets à l'incrédulité ceux-ci, qui disent que le corps qui avait été entouré du linceul en a disparu dans les quelques heures qui ont suivi, avant les premiers signes de rigidité cadavérique. Curieusement, donc, ce tissu rejoint la tradition au moins sur ce point : Jésus n'est sans doute pas resté bien longtemps à attendre dans son tombeau...
Pour finir, et pour ceux qui sont arrivés jusqu'ici sans jeter leur ordinateur par la fenêtre, quelques éléments de réflexion sur ce qui a pu se passer. Le linceul de Turin, par les questions qu'il pose aux scientifiques, les amène actuellement à formuler l'hypothèse que le corps qui y était entreposé se serait transmué en énergie pure. Une réversion, donc, du processus entropique qui régit notre univers, qui veut que ce soit l'énergie qui se dégénère en matière. La science n'a évidemment aucune explication à fournir pour décrire comment un tel phénomène serait possible, mais c'est celui qui expliquerait le mieux les différentes questions que lui pose le linge. Quelle conclusion spirituelle peut-on tirer d'une telle constatation ? en premier, bien sûr, que Jésus n'était pas le premier venu. Nous ne pouvons pas assumer comme ça, dans l'absolu, que personne d'autre n'ait jamais bénéficié du même 'traitement', mais il est certainement rarissime. Et nous excluons que ce soit une coïncidence, si c'est justement le corps mort de Jésus qui a subi cette transformation exceptionnelle. Ensuite, par contre, le seul fait que nous puissions émettre de telles hypothèses nous permet de sortir de la chape d'obscurité, ou de luminosité (?), du 'mystère' que les Églises souhaitent maintenir autour de la question. Que ce phénomène soit exceptionnel, voire unique, n'entraîne plus automatiquement ce que, elles, ont conclu : Jésus n'est pas nécessairement identifiable à Dieu lui-même, ce qui lui rend toute son humanité.
Bonne Pâque, bon passage, à tous.

