Partage d'évangile quotidien
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Premier mouvement

Lun. 21 Avril 2014

Matthieu 28, 8-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Elles s'en vont vite, du sépulcre. Avec crainte et grande joie, elles courent annoncer à ses disciples. Et voici, Jésus les rencontre. Il dit : « Salut ! » Elles s'approchent, elles lui saisissent les pieds, et se prosternent devant lui.  Alors Jésus leur dit : « Ne craignez pas. Allez annoncer à mes frères qu'ils s'en aillent dans la Galilée : là, ils me verront. » 

Comme elles vont, voici : certains de la garde viennent dans la ville, ils annoncent aux grands prêtres tout ce qui est arrivé. Ceux-ci se rassemblent avec les anciens et tiennent conseil. Ils donnent suffisamment d'argent aux soldats,  en disant : « Dites : “Ses disciples, venus de nuit, l'ont volé, pendant que nous étions endormis.” Et si ceci était entendu par le gouverneur, nous le convaincrons nous-mêmes, et nous ferons que vous ne soyez pas inquiétés. » Ils prennent l'argent et font comme on leur a enseigné. Et cette parole s'est divulguée chez des Juifs jusqu'aujourd'hui… 

 

 

Il n'est plus ici, par He-Qi

 

 

voir aussi : Mensonges et soupçons, Autres versions, Vite, vite !, Naissance du mythe

Selon la version originale de Marc, que Matthieu a suivie, en l'enjolivant, dans le passage qui précède celui-ci, Jésus n'apparaît pas aux disciples à Jérusalem, ni aux femmes ni aux hommes, mais seulement en Galilée. Il faut comprendre que ce thème des évangiles, les apparitions du ressuscité, est trop important pour la théologie ultérieure pour qu'il n'ait pas subi une ou plusieurs réécritures. Dans le cas de Marc, il est flagrant et admis par le plus grand nombre que les versets 9 et suivants de son dernier chapitre ont été ajoutés ultérieurement. À l'origine, il décrivait donc seulement l'apparition d'un ange aux femmes leur disant que Jésus s'était relevé et que les disciples devaient se rendre en Galilée pour le revoir. Il est possible que l'évangile de Marc comprenait alors une description de cette rencontre en Galilée, comme Matthieu dans le passage qui suit celui d'aujourd'hui. Telle était donc la version la plus ancienne du récit : apparition d'un ange au tombeau et rencontre avec Jésus en Galilée, mais rencontre qui n'est en fait qu'un adieu avec consignes qui, bien sûr, correspondent justement à la mission que les premières communautés se sont fixée.

Autrement dit, nous sommes en droit de penser que tous les récits des apparitions de Jésus après sa mort ne sont que des 'midrashim', des scènes symboliques construites par les premières communautés pour expliquer ce qu'elles vivaient, sans qu'il ne faille pour autant nécessairement les prendre au pied de la lettre. Mais il ne faut surtout pas, non plus, les prendre pour de la falsification ! Le Jésus, par exemple, qui apparaît dans le texte ici, ne sert en fait qu'à donner plus d'autorité à la version galiléenne des événements. Si on lit en effet Jean, l'évangile des judéens, et en excluant le chapitre 21 qui lui aussi est un ajout ultérieur, on pourrait croire que tout s'est passé à Jérusalem. (Nous exclurons aussi pour l'instant Luc qui avait encore d'autres préoccupations, indépendantes de cette controverse Judée/Galilée.) Notre Jésus d'aujourd'hui, donc, qui ne fait que répéter strictement ce qu'avait dit l'ange — à savoir que les disciples se rendent en Galilée — n'est alors qu'une manière pour les galiléens d'asseoir la vérité de ce qu'ils ont vécu, face à des judéens qui voudraient contester l'authenticité de leur expérience.

Les raisons pour lesquelles il ne faut pas considérer ces procédés comme des mensonges sont doubles. En premier, parce que c'était l'usage courant de l'époque. Les empereurs romains sont tous issus, selon leurs biographes officiels, des amours d'un dieu avec une femme, ou autres généalogies merveilleuses. Personne n'est dupe. De même, en disant que c'est Jésus lui-même qui leur a dit de faire ce qu'ils font, les évangélistes disent seulement que telle est la conviction de leurs communautés, et ceux qui les entendent le comprennent ainsi. C'est une affirmation solennelle de leur sincérité, chacun restant libre de se faire sa propre opinion, si cette façon de comprendre Jésus lui convient ou non, s'il adhère au message ou pas. C'est par la suite seulement, au fil des siècles, que nous avons perdu le contexte culturel de ces récits, et que nous nous sommes mis à les prendre pour argent comptant. Et c'est en fait tout ce qui nous est demandé à nous aussi : que Jésus soit réellement apparu, en chair et en os, à ses disciples n'est pas l'essentiel, mais bien plutôt : pensons-nous que les disciples n'ont été que le jouet de leurs ambitions personnelles ou de leurs fantasmes, ou est-ce l'Esprit qui les a poussés à témoigner. Et c'est là, pour moi, la seconde raison pour laquelle leur langage n'est pas mensonger, à savoir que je ne crois pas que leur mouvement aurait pu connaître la postérité qu'il a connue s'ils n'avaient pas été sincèrement sous la motion de l'Esprit.

Après, on a le droit, sinon le devoir, de faire des réserves sur tel ou tel autre point de doctrine, telle ou telle autre pratique ! Dire que l'Esprit a travaillé les chrétiens dès les origines, n'est pas dire que tout ce qu'ils ont dit et fait tout au long des siècles soit vérité révélée. La seule révélation intangible, pour un chrétien, la pierre de touche, c'est la personne de Jésus. Le reste est affaire de réception personnelle. Alors sans doute que certains l'ont interprété d'une manière tellement tordue qu'il semblait impossible à la majorité de rester solidaire de telles conceptions. Il y a donc eu ce que les uns ont considéré comme les hérésies des autres. Parfois avec raison, parfois peut-être pas. Mais ce qui en ressort sans ambiguïté, c'est que les Églises officielles ne sont garantes que d'une chose : être témoins de la vision du plus grand nombre, ce qui ne peut en aucun cas assurer qu'elles soient seules détentrices de la vérité, malgré les prétentions de plusieurs d'entre elles.