Partage d'évangile quotidien
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Clairvoyance

Lun. 22 Juin 2015

Matthieu 7, 1-5 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Point ne jugez, pour n'être pas jugés. Car du jugement dont vous jugez, vous serez jugés. Et de la mesure dont vous mesurez, il sera pour vous mesuré. 

« Quoi ! Tu regardes la paille dans l'œil de ton frère ? Et dans ton œil la poutre, tu ne la remarques pas ? Ou comment vas-tu dire à ton frère : “laisse, que j'extraie la paille de ton œil à toi” ? Et voici : la poutre dans ton œil à toi ! Hypocrite ! Extrais d'abord de ton œil la poutre ! Alors tu verras clair pour extraire la paille de l'œil de ton frère ! » 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Le regard qui tue, Les yeux du cœur, Celui qui dit c'est lui qu'y est, Le doigt dans l'oeil, Nettoyez vos lunettes !

Dans ce troisième et dernier chapitre du "sermon sur la montagne", nous arrivons à des matières désormais moins structurées, une suite de péricopes sans forcément grand lien entre elles. Ces deux-ci pourraient se rapprocher de l'amour des ennemis, qui clôturait le chapitre 5. Il est évident que nous ne pouvons pas dire, d'une manière générale, qu'un meurtre soit une bonne chose ! Il y a une forme de jugement qui est légitime et nécessaire, c'est celui des actes. Causer du tort à quelqu'un d'autre n'est pas acceptable en soi, et ce tort demande réparation. Mais qui va pouvoir réparer, si la personne qui a commis l'acte est entièrement assimilée à, et seulement à, cet acte ? La réparation n'a de sens que si elle répare : et le tort commis, et celui qui l'a commis. Une justice qui se contente de punir n'est pas une justice, seulement une vengeance déguisée, déférée si on veut, exercée au nom de la collectivité, mais une vengeance.

C'est en ce sens qu'il nous est demandé de ne pas juger : l'acte, oui, mais pas la personne. Nous ne pouvons pas savoir quelles sont les motivations et raisons profondes de nos actes, elles s'enracinent souvent dans un inconscient que, par définition, nous ne comprenons pas, et sur lequel nous avons bien peu de prises. Ce n'est pas une excuse pour en nier les conséquences, mais au contraire, de telles conséquences doivent être saisies comme occasions d'apprendre à mieux nous connaître. Nous n'avons d'ailleurs pas tellement le choix : soit nous négligeons tout ceci — et nous pouvons être certains que les mêmes causes entraîneront tôt ou tard les mêmes conséquences, si ce n'est pire encore ; nous avons alors une société comme la nôtre, criminogène et fière de l'être —, soit nous changeons de paradigme, nous disons stop, et nous acceptons de nous regarder dans le miroir de nos racines, pour comprendre ce qui nous agit.

C'est ce dont nous parlent cette poutre et cette paille. Nous pouvons être certains que, au-delà de torts objectifs qui pourraient nous être causés, ce qui nous exaspère le plus dans les comportements de nos prochains, c'est ce dont nous savons ne pas être innocents nous-mêmes. Si nous étions vraiment à l'aise pour nous-mêmes avec de tels comportements, nous saurions avoir tout le recul nécessaire quand nous le constatons chez les autres. Souvent, même, dans les cas où notre énervement est quasiment viscéral, c'est parce que cette tendance en nous est inconsciente, nous sommes littéralement aveugles à son sujet, il y a une tâche noire dans le champ de notre vision, un scotome : une poutre. Dans de tels cas, la parabole est éminemment exacte : c'est une vétille qui soulève en nous une tempête. Plutôt alors que de céder à notre penchant naturel, nous devrions au contraire saisir l'occasion, la chance, qui nous est ainsi offerte d'acquérir un peu plus de lumière sur qui nous sommes, réellement...