Rusés comme des serpents et candides comme des colombes
Et voici la fin de l'évangile de Jean, et le mot de la fin de la communauté johannique sur la façon dont elle se comprend elle-même par rapport à l'Église. Deux verbes caractérisent ce rôle des disciples de Jean : à la fois suivre, et pourtant rester.
Rester : c'est Jésus lui-même qui le dit, ce ne sont pas eux qui se le sont imaginé. Eux, n'ont pas besoin de suivre Jésus, contrairement à Pierre : eux peuvent rester jusqu'au retour de Jésus, ce qui signifie jusqu'à l'instauration finale du Royaume ; et s'ils le peuvent, c'est parce qu'ils y sont en fait déjà entrés. Les disciples de Jean sont les mystiques, ce sont ceux qui sont déjà passés par la seconde naissance, Dieu est "né" en eux, leur moi n'est plus le centre de leur vie, c'est désormais la présence de Dieu lui-même qui joue ce rôle.
Suivre Pierre qui suit Jésus : rien ne les y oblige formellement, et en tout cas s'ils le font ce n'est pas de la même manière que Pierre, et toute l'Église dite de Pierre (en réalité c'est l'Église de Paul, l'Église issue de la prédication paulinienne...), suivent Jésus, mais c'est plutôt pour veiller sur eux, les accompagner, les soutenir, les assister, les orienter, les initier, si possible.
Rien ne les y oblige formellement, mais ceci dit, on ne peut que constater que, ceux de la communauté johannique qui ont fait le choix de ne pas se rallier à l'Église se sont pour la plupart perdus dans la Gnose. Faire bande à part, se désolidariser du reste de l'humanité, se révèle donc dans les faits être une impasse.
La première lettre de Jean (4, 20) le formulera ainsi : "celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, il n'est pas possible qu'il aime Dieu qu'il ne voit pas" ; autrement dit : il se fourvoie, il se leurre lui-même, il s'illusionne.
Mais c'est un chemin doublement difficile, où il s'agit d'être doublement, à la fois (Matthieu 10, 16) : rusés comme des serpents et candides comme des colombes !
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Jésus dit à Pierre : « Suis-moi. »
Pierre se retourne et regarde :
le disciple que Jésus aimait les suit
(c'est celui qui s'était allongé pendant le dîner
sur sa poitrine et avait dit :
Seigneur, qui est celui qui te livrera ?).
Pierre donc en le voyant dit à Jésus :
« Seigneur, et celui-là : quoi ? »
Jésus lui dit :
« Si je veux qu'il reste jusqu'à ma venue,
en quoi cela te regarde ?
Toi, suis-moi ! »
Alors est sortie cette parole parmi les frères
que ce disciple ne mourrait pas !
mais Jésus ne lui avait pas dit
qu'il ne mourrait pas,
mais : si je veux qu'il reste jusqu'à ma venue...
Ce disciple est le témoin de ces choses
et c'est lui qui les a écrites,
et nous savons que son témoignage est vrai.
Il est encore beaucoup d'autres chose
qu'a faites Jésus.
Si on les écrivait une à une,
j'imagine que le monde ne contiendrait pas
les livres qui en seraient écrits.
(Jean 21, 20-25)
