Partage d'évangile quotidien
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Prédestination

Mar. 27 Juin 2023

Pour le pire ; et pour le meilleur ?


D'un côté "il vous sera donné, vous trouverez, il vous sera ouvert", mais d'un autre côté "étroite est la porte, resserré le chemin, ils sont peu ceux qui le trouvent" : il n'y a donc rien d'automatique, et ce pour la simple raison que nous ne savons pas ce que nous cherchons vraiment. Nous sentons bien qu'il y a du manque en nous, mais nous ne savons pas ce qu'est exactement ce manque. Nous nous le figurons de manière simpliste : ah si j'avais plus d'argent, ah si j'avais un conjoint qui me comprenne vraiment, ah si je n'avais plus ces imbéciles qui me servent de chef et qui me briment... Tout ceci peut être vrai, tout ceci est même vrai, mais relativement seulement, car l'argent je n'en aurai réellement jamais assez, mon conjoint ne me comprendra jamais vraiment complètement, j'aurai toujours quelqu'un placé au-dessus de moi dans une hiérarchie, quelle qu'elle soit...

Tous ces manques, tous les manques de ces genres-là, il nous en restera toujours, et ils ne sont que des signes d'un manque beaucoup plus fondamental et profond, mais que nous ne savons pas identifier clairement, le manque qui vient de ce que nous sommes limités et que nous en sommes conscients. Ce sont bien ces deux éléments qui importent en l'occurrence. Ce n'est pas le seul fait que nous soyons limités, qui nous pose problème : les animaux le sont aussi, comme tout ce qui constitue l'univers, mais cela ne leur pose vraisemblablement pas de problème existentiel, ils n'imaginent pas qu'il pourrait en être autrement. Et ce n'est pas non plus le seul fait que nous soyons conscients, qui nous pose problème, mais bien le fait que nous soyons et conscients et limités : par notre conscience, nous sommes conscients de nos limites, et donc forcément nous les ressentons comme telles, comme une injustice, une imperfection, une entrave, un obstacle, un handicap à vie, un tragique de notre condition.

De fait, qu'est-ce que c'est que ce sadisme qui a voulu que nous ne soyons qu'une partie infime de l'univers, une poussière minuscule, un rien, et en même temps que nous ayons cette capacité de le savoir, et donc automatiquement le rêve, l'espoir, la tentation, l'imagination qu'il pourrait en être autrement ? Face à cette situation, il y a ceux qui en concluent à l'absurdité irrémissible de notre condition, c'est un non-sens sans issue, si ce n'est, souvent, le suicide ; mais en quoi est-ce une issue ? n'est-ce pas plutôt une démission ?

L'autre possibilité, c'est de croire que le rêve, l'espoir, la tentation, l'imagination, ne sont pas là par hasard, qu'ils ne sont pas sans aucun fondement, qu'ils ne sont pas vains, qu'il y a là quelque chose de vrai, de fondamentalement vrai ; mais quoi exactement, telle est toute la question, la raison pour laquelle ce chemin peut être resserré, long... mais surtout : d'une part, personne, absolument personne, ne peut le faire à notre place ; et d'autre part, il ne dépend pas non plus de notre seule volonté que "il nous soit donné, il nous soit ouvert". C'est même plutôt l'inverse, c'est lorsque nous aurons épuisé toutes nos prétentions à être les auteurs de ce qu'il faut bien appeler notre salut, que nous serons alors, et alors seulement, capables de le recevoir comme une grâce, comme un don.

 

 

Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens,
ne jetez pas vos perles devant les cochons,
    qu'ils ne les piétinent de leurs pieds
    et, se tournant, vous lacèrent.
    
Demandez et il vous sera donné,
cherchez et vous trouverez,
toquez et il vous sera ouvert,
car tout demandeur reçoit,
qui cherche trouve,
à qui toque il sera ouvert :
y a-t-il parmi vous un homme
à qui son fils demandera du pain
    et qui lui remettra une pierre ?
ou encore, il demandera un poisson,
    est-ce qu'il lui remettra un serpent ?
si donc vous, — mauvais que vous êtes ! —
vous savez donner des dons qui soient bons
    à vos enfants,
combien plus votre père dans les cieux
en donnera de bons
    à ceux qui lui demandent !
    
Donc, tout ce que vous voulez
    que vous fassent les hommes,
vous-mêmes, faites-le pour eux :
cela, oui, c'est la torah et les prophètes !
    
Entrez par la porte étroite :
large la porte, vaste le chemin
    qui emmène à la perte,
et ils sont beaucoup,
    ceux qui y entrent ;
qu'étroite est la porte, resserré le chemin
    qui emmène à la vie,
et ils sont peu,
    ceux qui le trouvent.

(Matthieu 7, 6-14)