Peur de guérir
C'est malheureux, mais c'est ainsi : nous ne voyons la plupart du temps que ce que nous voulons bien voir et nous n'entendons que ce que nous voulons bien entendre. Le proverbe le dit bien : il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, et c'est notre cas à tous. Nous nous sommes faits, au cours de notre croissance jusqu'à l'âge adulte, une représentation du monde, et nous aurons toutes les peines imaginables à en changer : même si ce que nous regardons ou écoutons contredirait cette représentation, ce qui serait devant nos yeux nous ne le verrions pourtant pas, ce qui entrerait dans nos oreilles nous ne l'entendrions pas...
C'est sur ce principe que fonctionne tout spectacle de magie, avec cette différence que, dans ce contexte, le magicien, en fait, oriente sciemment notre attention là où ne se passe pas ce que nous pourrions remarquer. Plus malencontreusement, c'est ce qui se passe aussi avec tout un pan de nos sciences, qui ont décrété a priori qu'un certains nombre de phénomènes ne peuvent pas exister (ce qu'elles appelleront le paranormal en général), et donc refusent tout-à-fait antiscientifiquement de les explorer scientifiquement. Ici, il est vrai, qu'outre des a priori métaphysiques (croyance au matérialisme athée), peuvent entrer en ligne de compte des intérêts matérialistes (très concrets ceux-là), quand par exemple ce sont les grandes firmes pharmaceutiques qui financent l'essentiel des recherches médicales...
Dans le domaine spirituel, cet aveuglement et cette surdité sont en fait permanents, y compris bien sûr pour ceux qui refusent déjà d'envisager qu'un tel domaine puisse exister, mais aussi pour tous les "croyants" : l'image que nous nous faisons de Dieu ou de la réalité ultime est toujours fausse, à des degrés divers mais elle est toujours inadéquate. Mais inadéquate en quoi ? voilà toute la difficulté, parce que nous ne sommes pas capables de la corriger par nous-mêmes, il y faut l'intervention d'autres que nous, qui nous aideront à élargir notre point de vue, et/ou il y faut l'intervention du Tout Autre, mais en tout cas ceci suppose déjà que nous ne soyons pas blindés, cuirassés, dans nos certitudes : si tout est verrouillé...
C'est à cela que servent ces "comparaisons" (ce qu'on appelle en général "paraboles") : elles contiennent toujours un élément déstabilisant, paradoxal, et cet élément va créer comme un espace en nous, comme un creux, une brèche, par où du neuf pourra, ultérieurement, surgir. Ce rôle est similaire à celui des koans zen, et de toutes les innombrables techniques des diverses traditions, qui ont pour but de nous perturber, de nous faire sortir de ces constructions figées que nous nous sommes bâties et qui nous emprisonnent. Même des exercices plus classiques comme le jeûne, ou les formules de prières répétitives, vont dans le même sens, pourvu qu'ils ne soient pas pratiqués comme des routines.
Dans le christianisme, un des pires exemples de ces fossilisations du spirituel est peut-être l'équation Jésus = Dieu.
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Les disciples s'approchèrent et lui dirent :
« Pourquoi leur parles-tu par comparaisons ? »
Il répondit et leur dit :
« Parce que, à vous il a été donné de connaître
les mystères du royaume des cieux,
mais à eux cela n'a pas été donné,
et qui a,
il lui sera donné
et il aura du surplus,
alors que qui n'a pas,
même ce qu'il a
lui sera pris !
Pour cette raison je leur parle par comparaisons,
parce que en voyant ils ne voient pas,
en entendant ils n'entendent pas ni ne comprennent,
et s'accomplit en eux
la prophétie d'Isaïe qui dit :
"Pour ce qui est d'écouter vous écoutez, mais vous n'entendez pas,
et pour ce qui est de regarder vous regardez, mais vous ne voyez pas,
car il s'est endurci le cœur de ce peuple,
avec des oreilles bouchées ils écoutent
et leurs yeux ils les ferment,
de peur qu'ils ne voient avec leurs yeux
et qu'avec leurs oreilles ils n'entendent
et qu'avec leur cœur ils ne comprennent
et qu'ils soient retournés,
et je les guérirais !"
Mais pour vous,
heureux vos yeux parce qu'ils voient,
et vos oreilles parce qu'elles entendent,
car, amen, je vous dis :
de nombreux prophètes et des justes
ont désiré regarder ce que vous voyez
et n'ont pas vu,
et entendre ce que vous entendez
et n'ont pas entendu ! »
(Matthieu 13, 10-17)
