Partage d'évangile quotidien
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Qu'est-ce qu'il a de plus ?

Ven. 4 Août 2023

C'est un petit gars bien de chez nous — je dis "petit", c'est une façon de parler, il est plutôt grand maintenant — mais on l'a connu tout minot. C'était un bon copain de mon fils, le deuxième, et plus tard, quand il a eu l'âge, il s'était intéressé à une de mes filles. À ce moment-là, il travaillait avec son père, normal. Et puis, il y a quelques mois, comme beaucoup de nos jeunes, il est allé écouter le prophète, celui qui vous plonge dans l'eau, celui qui fulmine contre nos prêtres et contre les grands, celui qui nous donne de l'espoir. Et ensuite, on a commencé à entendre de drôles de choses : paraît-il que notre Jésus ferait des miracles, qu'il parlerait comme si c'était Dieu qui parlait par sa bouche, et tout le monde dit que ce serait lui, le Messie ? et c'est vrai qu'il nous a surpris quand il nous a commenté la paracha ce matin, à la synagogue, pour shabbat, mais quand même, de là à ce qu'il soit le Messie ? pourquoi lui et pas mon fils ?

Il n'est jamais facile d'entendre Dieu, d'accéder à une vraie relation personnelle directe avec lui. Quand Jésus parle en tant que prophète, c'est bien Dieu qui parle par sa bouche, et seuls sauront l'entendre, accepteront de l'entendre, ceux qui n'ont déjà plus rien à perdre : ceux qui sont pauvres sans aucun espoir que cela puisse changer, ceux qui sont malades ou infirmes et sans aucun espoir eux non plus que cela puisse changer, tous ceux qui sont écrasés par la vie, la société, les puissants ; heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ne peuvent pas aller plus mal puisqu'ils sont déjà au plus bas. Ceux-là, oui, auront pu l'accueillir.

Mais ceci signifie que Jésus lui-même, aussi, a dû arriver à un moment de sa vie où il était complètement perdu, où il n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Il n'est pas évident de deviner ce qui a pu provoquer cet état chez lui : on peut penser à la perte de son père, Joseph (du fait qu'on ne parle jamais de lui dans les évangiles au cours du ministère de Jésus quand on y mentionne par contre Marie et même ses frères et sœurs, on peut en conclure que Joseph était décédé), mais dans le fond peu importe. On peut supposer que c'est dans un tel état d'esprit qu'il est parti voir le Baptiste, qu'il est resté quelques temps auprès de lui comme disciple, et que c'est là qu'il a fini par découvrir la présence de Dieu en lui. Bien que les évangiles racontent ces deux évènements dans l'ordre inverse, on peut comprendre les quarante jours dans le désert comme symbolisant ce dépouillement et ce dénuement absolus par lesquels il a dû passer, et la théophanie lors de son baptême comme symbolisant cette première expérience personnelle de Dieu.

En somme, comme tout le monde, Jésus a dû en quelque sorte mourir à lui-même pour accéder à ce qu'on a appelé par la suite sa divinité, sa relation intime avec Dieu, à laquelle nous pouvons tous accéder aussi, et cette mort à lui-même s'est produite pour lui là, dans le désert, accompagné par Jean dit le Baptiste. Que Jésus ait été une incarnation de Dieu différente par nature de celle que nous sommes tous appelés à réaliser chacun pour notre propre compte, je ne saurais pour ma part le dire. Il me semble que cette affirmation ne doit en tout cas pas nous faire croire que nous pourrions échapper par là à notre propre séjour au désert, échapper à la porte étroite, au chemin resserré, pour tout dire : à notre propre mort à nous-même...

 

 

Il vint dans son pays
et il les enseignait dans leur synagogue,
    d'une telle manière qu'ils étaient étonnés
    et disaient :
« D'où lui viennent cette sagesse
    et les miracles ?

Mais celui-ci n'est-il pas le fils de l'artisan,
    sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie,
    et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Juda,
et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ?
    d'où lui viennent donc toutes ces choses ? »
et ils étaient choqués à son sujet.

    Aussi Jésus leur dit-il :
« Un prophète n'est dédaigné
    que dans sa patrie et dans sa maison. »
et là il ne fait pas de nombreux miracles
    à cause de leur incroyance.

(Matthieu 13, 54-58)