Un Dieu à hauteur de prostitution
Deux péricopes, aujourd'hui, qu'on peut relier par le thème de la conversion, même si leurs sujets restent assez éloignés, mais ce sont deux sujets importants.
La première péricope aborde la question du mal, du mal subi : cette question est aussi abordée dans l'évangile de Jean (chapitre 9), au sujet d'un aveugle-né ; les disciples demandent à Jésus qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui-même ou ses parents ? Il y a donc cette idée, largement répandue, que nos malheurs sont la conséquence de nos fautes. Dans le cas de cet aveugle-né, si c'était lui qui avait péché, on était alors presque inéluctablement entraîné vers la notion de karma, de fautes commises dans une vie précédente, bien que ce concept soit totalement étranger à la pensée biblique.
Mais cette idée de lien entre nos malheurs et nos péchés s'enracine déjà dans le récit du jardin en Éden : ce serait à cause de leur péché que Adam va devoir gagner sa vie durement à la sueur de son front et que Ève devra à l'avenir enfanter dans la douleur... Sur de telles bases, comment ensuite échapper à ce lien entre malheur subi et fautes commises ?
Jésus semble donc refuser absolument une telle mentalité. En cela, dans la tradition biblique, il n'innove pas complètement : le livre de Job a déjà tenté de donner une réponse à cette question fondamentale du malheur innocent, en disant que Dieu, sans en être l'auteur, permet cependant l'existence de ce mal (attribué alors à Satan, l'adversaire), considéré comme une épreuve test de la foi, épreuve après laquelle celui qui l'aura traversée victorieusement sera incommensurablement récompensé.
Ici, cependant, comme chez Jean, Jésus ne semble pas parler d'une telle autorisation de la part de Dieu à ces œuvres de Satan, et il a raison, un tel Dieu est d'une monstruosité effarante, c'est le même qui aurait soit-disant exigé de son "Fils" de se sacrifier sur la croix, le Dieu qui exige d'être payé en échange de son amour, un Dieu à hauteur de prostitution, un Dieu mercantile, un Dieu pervers. Jésus ne donne pas de réponse à la question "pourquoi y a-t-il du mal". Il est comme nous tous, il le constate. On peut et on doit condamner ceux qui en sont les fauteurs éventuels (ici Pilate pour les Galiléens), on peut et on doit améliorer autant que possible nos techniques de construction, mais il restera toujours des forces dans la nature, catastrophes naturelles, virus et microbes, et autres purs aléas.
La seconde péricope, quoique ce ne soit pas forcément évident à première vue, parle de la reconnaissance par Israël de Jésus comme authentique prophète de Dieu. Luc est le seul à raconter ce mashal de ce figuier planté au milieu d'une vigne. Mais Matthieu et Marc parlent chacun aussi d'un figuier qui n'avait pas de fruit, au début du séjour final à Jérusalem, figuier que Jésus maudit, et justement Luc n'a pas conservé cette malédiction du figuier, alors qu'elle figurait certainement dans ses sources... C'est donc que Luc ne voulait pas rapporter cette condamnation par Jésus de ceux qui l'ont condamné... et à la place, il a construit cette parabole qui appelle ses adversaires à se convertir.
En ceci Luc se montre bien le disciple de son maître Paul, dont on sait que, tout en menant une activité intense de missionnaire de Jésus auprès des païens, il a été, jusqu'à sa mort, déchiré de ce que ses coreligionnaires refusent très majoritairement de reconnaître à Jésus ne serait-ce que sa qualité de prophète. Et c'est vrai qu'on peut se poser la question : Israël a toujours persécuté les prophètes que Dieu suscitait pour lui parler, mais il reconnaissait par la suite son erreur ; pourquoi ne l'a-t-il pas finalement fait pour Jésus aussi ? que les chrétiens ait fait de lui l'égal de Dieu est évidemment inacceptable pour le judaïsme, mais cela ne devait pas empêcher de reconnaître au moins l'authenticité de son message à lui. Alors pourquoi ? Faut-il penser comme Paul que c'est Dieu qui les a volontairement aveuglés ? ne serait-ce pas retomber encore et encore sur le Dieu pervers ?
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Au même moment quelques uns étaient là
l'informant au sujet des Galiléens
dont Pilate a mêlé le sang à leurs sacrifices
et répondant il leur dit :
« Croyez-vous que ces Galiléens étaient pécheurs
plus que tous les Galiléens
pour avoir souffert cela ?
non, je vous dis,
mais si vous ne vous convertissez pas,
tous semblablement vous périrez ;
ou ceux-là, les dix-huit
sur lesquels la tour, à Siloé, est tombée
et les a tués,
croyez-vous qu'ils étaient en dette
plus que tous les hommes habitant Iérousalem ?
non, je vous dis,
mais si vous ne vous convertissez pas,
tous pareillement vous périrez ! »
Il donnait alors cette parabole :
« Quelqu'un avait un figuier, planté dans sa vigne.
et il vint chercher du fruit sur lui
mais il n'en trouva pas ;
il dit alors à l'ouvrier de la vigne :
"Voilà maintenant trois ans
que je viens chercher du fruit sur ce figuier,
et je n'en trouve pas :
arrache-le !
pourquoi rend-t-il inutile la terre aussi ?",
mais répondant il lui dit :
"Seigneur ! laisse-le encore cette année,
le temps que je pioche autour de lui
et mette du fumier,
si jamais il faisait du fruit dans ce délai,
et sinon tu l'arracheras." »
(Luc 13, 1-9)
