La fin des temps ?
Le temps fait partie de ces notions qui nous semblent parfaitement intuitives et dans lesquelles on se perd dès qu'on essaie de les définir de manière plus objective. Il est question ici de savoir discerner "ce temps-ci", mais que signifie ce mot dans ce contexte précis ?
Dans la Bible en général, il est souvent question de ces temps, présents, ceux dans lesquels nous vivons, par rapport aux temps à venir, ce qui est assez équivalent à parler aussi de ce monde-ci, actuel, par rapport au monde à venir. Dans ce sens-là, le reproche de ne pas savoir discerner "ce temps-ci" signifie que, ceux à qui ce reproche s'adresse, prennent ce temps-ci, ce monde-ci, cette vie-ci, pour une fin en soi, ils s'y complaisent (mangeons, buvons, profitons), quitte à se comporter, en toute logique, en parfaits égoïstes. En toute logique : puisque cette condition dans laquelle nous nous trouvons actuellement, matérielle et seulement matérielle, est la seule qui ait jamais existé et qui existera jamais...
Dans ce premier sens possible à cette expression "ce temps-ci", le reproche de ne pas savoir le discerner est donc finalement un reproche de ne pas savoir discerner qu'il existe un autre "temps", non encore advenu, en tout cas pas encore advenu en plénitude, mais dont on peut au moins avoir l'intuition — à défaut de la certitude —, un "autre" temps qu'on peut, précisément, discerner, au-delà des seules apparences de "ce temps-ci".
Maintenant, il y a aussi un autre sens, dans la Bible, à ce mot "temps", qu'on retrouve dans des expressions du genre "le temps est venu", "le temps est accompli", "le temps est proche", et dans ce cas, le temps dont il est question, se situe très précisément à la jonction, au point de bascule, entre les deux temps dont il était question précédemment. C'est le moment où on va passer de ce temps-ci à ce temps-là, de ce monde-ci à ce monde-là. Passage qui peut être considéré d'un point de vue collectif ou communautaire, mais aussi, relativement, d'un point de vue personnel.
Dans ce second sens, le reproche ferait évidemment allusion aux "signes" qui accompagnent le ministère de Jésus, notamment toutes ces guérisons qui se sont produites. En faisant attention cependant à ne pas trop rétro-projeter sur cette scène ce qui a été élaboré par la suite par le christianisme : Jésus, l'homme, constate ces guérisons (pratiquement tous les historiens, croyants comme incroyants, considèrent que ces guérisons se produisaient effectivement, quelle qu'en soit l'explication), et si on veut bien se rappeler que l'homme Jésus n'a pas d'accès sûr et certain au Dieu qui l'habite pourtant, il ne peut que supposer que ces signes indiquent que le royaume, les temps nouveaux, le monde à venir, sont proches.
Reste peut-être à revenir sur cette question de ces temps nouveaux, ou du royaume. Cette notion, dans la tradition biblique, ne peut pas avoir d'autre sens que communautaire, et même collectif, universel : c'est tout Israël qui entrera dans ce royaume, dans ces temps nouveaux, dans ce nouveau monde, et avec Israël aussi toutes les nations, et même toute la création (le loup et l'agneau paîtront ensemble, le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, etc...). Et en même temps "le royaume de Dieu est en vous" (Luc 17, 21) semble indiquer que c'est aussi une question d'intériorité, personnelle donc.
Peut-être alors n'est-il simplement pas possible que cette royauté intérieure soit vécue en plénitude tant qu'elle ne sera pas aussi universelle ?
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Et il disait aussi aux foules :
« Quand vous voyez une nuée se lever à l'ouest,
aussitôt vous dites qu'une averse vient,
et il en est ainsi ;
et quand le vent du midi souffle,
vous dites qu'il va faire très chaud,
et cela se réalise ;
mécréants !
les figures de la terre et du ciel,
vous savez les discerner,
alors ce temps-ci,
pourquoi ne sauriez-vous pas le discerner ?
Et aussi, pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes
de ce qui est juste ?
ainsi, quand tu vas avec ton adversaire
chez un chef,
sur le chemin, fais un effort pour te libérer de lui,
qu'il ne te traîne pas chez le juge,
et le juge te livrerait à l'huissier,
et l'huissier te jetterait en prison :
je te dis, tu ne sortirais pas de là
que tu n'aies payé jusqu'au dernier centime. »
(Luc 12, 54-59)
