Tout ne dépend que de nous
Je ne sais pas comment se finira l'aventure de notre humanité, si elle va surmonter le désastre écologique qu'elle a enclenché sur notre planète, ou pas, si elle apprendra un jour à résoudre ses conflits autrement que par la guerre, ou pas, mais il ne me semble en tout cas pas crédible qu'il y aura à un moment une intervention divine pour mettre fin à tout ça...
Ce "seigneur" revient, non pas "de" noces quelconques, mais "des" noces, il s'agit de ses noces à lui, et dans la culture juive, ceci signifie ses noces avec Dieu. Le thème des noces dans la Bible évoque toujours celles de Dieu avec l'humanité ; il s'agit donc dans ce texte d'une allusion au retour de Jésus après sa montée au ciel. Nous sommes invités à être prêts à tout moment pour cet événement qui marquera la fin des temps, la fin de ce monde-ci, et l'inauguration de temps nouveaux, l'inauguration du "royaume" de Dieu sur terre.
Ces perspectives, à l'époque où ce texte a été composé, n'étaient certes pas les mêmes que pour nous aujourd'hui. Ce passage est spécifique à Luc, mais Matthieu (25, 1-13) a une parabole qui en est très proche, celle dite des vierges folles et des vierges sages : il s'agit là aussi d'un époux, dont on attend la venue, et il y est question aussi de noces, la seule différence étant qu'on n'y attend pas son retour "des" noces, mais sa venue "pour" les noces. Matthieu met l'accent sur le fait que ces noces nous concernent tous et chacune et chacun, ce sont nos noces avec Dieu, là où Luc insiste sur le fait que ces noces ont commencé par être celles de Jésus avec Dieu, avant d'être aussi éventuellement les nôtres.
D'autres textes encore parlent de ce temps d'absence de Jésus, après sa mort, sa résurrection, ses apparitions, et son "départ", c'est-à-dire la fin de ces apparitions. À l'époque, donc, ce départ était considéré comme très provisoire, ne devant durer que très peu de temps. Paul (1 Thessaloniciens 4, 15) considère clairement que ce retour devrait se produire de son vivant à lui : "nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur". Derrière cette espérance d'un évènement très proche, c'était aussi la vieille conception d'un messie politico-militaire qui faisait de la résistance : les romains étaient encore là, mais bientôt leur empire allait tomber...
Et puis peu à peu, ce retour s'est trouvé repoussé "aux calendes grecques". On s'est dit qu'il fallait peut-être d'abord convertir toute l'humanité à la foi en Jésus ? ...ça faisait un sacré boulot ! le "retour" de Jésus est toujours resté comme une perspective, il est mentionné dans le "credo", cette formule officielle qui résume l'essentiel de la foi chrétienne : Jésus "est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts".
Ceci a-t-il encore un sens, avec ce que la science nous a révélé maintenant de l'histoire de l'univers ? personnellement cela me semble difficile à maintenir... Je ne sais pas comment se finira l'aventure de notre humanité, si elle va surmonter le désastre écologique qu'elle a enclenché sur notre planète, ou pas, si elle apprendra un jour à résoudre ses conflits autrement que par la guerre, ou pas, mais il ne me semble en tout cas pas crédible qu'il y aura à un moment une intervention divine pour mettre fin à tout ça... et là, je ne parle que de notre humanité sur notre planète, je ne parle même pas de l'univers dans son ensemble, au sein duquel il y a de fortes chances qu'existent d'autres "humanités".
Mais revenons quand même à notre texte du jour, pour nous étonner au moins du comportement de ce "seigneur", quand il reviendra, vis-à-vis de ces "serviteurs" qui seront encore là, fidèlement, à l'attendre : "il se ceindra", comme pour le lavement des pieds, où il s'est ceint d'une serviette pour essuyer les pieds de ses disciples après les avoir lavés ; "il les installera" à leurs places pour le repas ; "et il les servira" ! Tout est inversé, le maître devient le serviteur. À méditer... Dieu à notre service, n'est-ce pas dire pour le moins son impuissance à nous imposer quoi que ce soit ? tout ne dépend que de nous.
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Que vos reins soient ceints
et que vos lampes brûlent
et vous comme des hommes
qui attendent leur seigneur
lorsqu'il doit revenir des noces,
afin que, étant venu et ayant toqué, aussitôt ils lui ouvrent !
heureux ces serviteurs-là
qu'étant venu, le seigneur trouvera à veiller !
amen je vous dis
qu'il se ceindra et il les installera
et s'étant approché il les servira,
et si c'est à la deuxième et si c'est à la troisième heures qu'il vient,
et qu'il les trouve ainsi, heureux sont ceux-là !
(Luc 12, 35-38)
