Partage d'évangile quotidien
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Échanges de bons procédés

Lun. 6 Novembre 2023

Le mécanisme qui fait que je prenne part, émotionnellement, à la souffrance et au malheur (mais aussi à la joie et au bonheur) des autres êtres humains (et encore des animaux etc.) tient peut-être à ce qu'on appelle les neurones-miroirs, mais peu importe au fond, la conséquence est là, je ne peux pas être insensible à ce qu'éprouvent les autres...

Il est certain que, lorsque nous invitons des personnes à un repas, ce sont le plus souvent des personnes de notre milieu social, des proches, lesquels auront à cœur de nous rendre la monnaie de la pièce, en sorte que le bilan global des opérations, d'un strict point de vue financier, s'approche de l'équilibre : ni perdants, ni gagnants. Faut-il alors tenir pour rien les liens d'amitié qui se sont ainsi entretenus sinon approfondis ? je ne le crois pas, et ce n'est donc pas de cela dont il est question dans cette exhortation en forme de mashal (parabole). De même que si, pour suivre cette recommandation, on se met à "faire la charité" en se disant qu'ainsi on "gagne son paradis", on entre dans une morale qui reste fortement bas du plafond, et surtout méprisante, ou même injurieuse.

L'idéal serait pour commencer que personne n'accumule de richesses de manière éhontée, car il n'y a pas trente six façons de gagner cinq, dix, cent, mille, etc., fois plus d'argent que les autres. Produire de la richesse demande, soit une somme d'efforts personnels — et là-dessus même l'homme le plus fort du monde ne peut pas dépasser à ce point ce que peut produire un être humain en moyenne —, soit d'exploiter des sources d'énergie dans la nature (soit une combinaison des deux, évidemment). Gagner cinq, dix, cent, mille, etc., fois plus d'argent que les autres ne peut donc s'obtenir qu'en les exploitant, en les spoliant du fruit de leur propre travail, et/ou en pillant les ressources de la planète.

Ceci dit, même si plus personne ne s'arrogeait ainsi par malignité des parts iniques du gâteau, il resterait que certains, handicapés, âgés, ou pour d'autres raisons, auraient besoin de bénéficier d'une forme de solidarité. C'est de cela, je pense, que parle cette petite histoire. On revient ainsi à ce principe dans je parlais hier, ce principe de cohésion qui se manifeste à tous les niveaux de l'univers. Il existe un tel principe qui cherche à s'incarner, en quelque sorte, au niveau de notre humanité prise comme un tout. C'est une réalité, nous formons comme un organisme unique, ou pour le moins nous y sommes invités, incités, à cette fraternité sans frontières, qui fait que, lorsqu'une personne souffre, pour quelque raison que ce soit, je souffre aussi.

Le mécanisme qui fait que je prenne part ainsi, émotionnellement, à la souffrance et au malheur (mais aussi à la joie et au bonheur) des autres êtres humains (et encore des animaux etc.) tient peut-être à ce qu'on appelle les neurones-miroirs, mais peu importe au fond, la conséquence est là, je ne peux pas être insensible à ce qu'éprouvent les autres ; même si je me suis blindé au cours de mon histoire personnelle, au fond de moi, je le sais bien si je suis honnête avec moi-même, ça me touche.

Cet organisme unique et plus ou moins unifié que forme toute l'humanité, le christianisme, à la suite de Paul, l'a appelé le "corps mystique du Christ", ce "corps" dont tout être humain est censé être un membre. On voit que ce concept dépasse en réalité largement la tradition religieuse qui l'a formalisé sous ces traits-là. C'est un concept qui n'est même pas spécifiquement religieux, de quelque tradition que ce soit, ni même à proprement parler spirituel, en sorte que c'est jusqu'à l'athée matérialiste qui ne doit pouvoir qu'y adhérer. Le principe de cohésion qui agit à tous les niveaux de l'univers semble bien être une propriété de la matière elle-même...

Pour en revenir plus concrètement à la solidarité avec tous ceux qui n'ont pas les capacités de subvenir par eux-mêmes à leurs besoins, les premiers chrétiens pratiquaient le principe de la caisse "commune" : tous les biens étaient mis en commun et répartis à chacun selon ses besoins. C'est ce que devrait être le communisme aussi, me semble-t-il, si je ne me trompe ? la question, bien sûr, étant : comment le mettre en œuvre concrètement ? voilà sans doute à quoi nous invite en fait ce texte-ci...

 

 

    Il disait aussi à celui qui l'avait invité :

« Quand tu fais un déjeuner ou un souper,
n'appelle pas
    tes amis, ni tes frères,
    ni ta parenté, ni de riches voisins,
de peur qu'eux aussi ne t'invitent en retour,
    ce qui serait un rendu pour toi,

mais quand tu fais un festin,
invite
    pauvres, estropiés,
    boiteux, aveugles,
et heureux seras-tu
    qu'ils n'aient pas de quoi te rendre,
car cela te sera rendu
    au relèvement des justes. »

(Luc 14, 12-14)