L'ancien et le nouveau
Nul ne coud un morceau d'étoffe toute neuve sur un vêtement vieux sinon la pièce tire sur lui — le neuf sur le vieux — et une déchirure pire se produit.
Le thème des noces, dans la culture biblique, particulièrement mis en valeur dans le "Cantique des cantiques", évoque les "noces" de Dieu, dans le rôle de l'époux, avec l'humanité dans le rôle de l'épouse. En fait, on peut bien sûr contester que l'épouse ne représenterait pas toute l'humanité mais seulement Israël, seulement le peuple "élu", ce qui signifierait alors qu'il y aurait, dans cette lecture de la tradition biblique, un écart irrémédiable, une différence qui resterait pour l'éternité, entre d'un côté ce peuple supposé préféré, et d'un autre côté le reste de l'humanité. Nous sommes alors dans un judaïsme indécrottablement raciste. Ou, qui s'attend à ce que l'humanité entière se convertisse à sa conception particulière de la transcendance, ce qui ne représente guère moins de prétention.
Le christianisme n'est, malheureusement, guère moins en reste, qui prétend éventuellement vouloir dialoguer avec les autres religions, mais à condition de pouvoir conserver son Jésus comme modèle à jamais insurpassable de ces noces de Dieu (de la transcendance), avec l'humanité (avec l'immanence).
Toute religion a une telle tendance, à se considérer comme l'exception, comme celle qui détient la clé ultime et universelle. C'est évident pour l'islam aussi, qui affirme détenir "le" livre, mais encore pour l'hindouisme (ou les hindouismes ?), le bouddhisme (ou les bouddhismes ?), etc., etc. Ce qui n'empêche, et heureusement, que dans chaque religion peuvent se trouver aussi des fidèles qui, comme le nom l'indique, restent attachés à leur religion — ne serait-ce que parce qu'on ne peut pas avoir de démarche religieuse tout seul dans son coin —, tout en sachant pertinemment découvrir et bénéficier des trésors qui se trouvent dans les autres traditions. C'est ce qui explique que quelqu'un comme le dalaï-lama, n'a de cesse de dire aux occidentaux qui viennent à lui dans l'idée de se "convertir" au bouddhisme tibétain, qu'ils ont tort, qu'ils peuvent trouver dans le christianisme tout ce qu'il leur faut. De même Gandhi, qui avait comme livre de chevet les évangiles, ce qui ne l'a pas empêché d'invoquer Ram au moment de mourir.
Par contre, il faut reconnaître que malgré toutes les avancées et les espoirs que peut susciter François, on ne l'a pas encore entendu (à moins que j'aie loupé quelque chose) tenir des propos aussi ouverts à la diversité des chemins religieux ; et, pour le catholicisme, ne parlons même pas des papes qui l'ont précédé. Je ne crois pas qu'on puisse trouver beaucoup plus d'ouverture du côté de l'orthodoxie : le christianisme, dans son ensemble, reste bien enfermé dans sa forteresse, arc-bouté sur "la" splendeur de "sa" vérité. Resteraient peut-être quelques lueurs du côté du protestantisme dit libéral ?
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les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient,
et on vient et on lui dit
« pourquoi les disciples de Jean
et les disciples des pharisiens jeûnent
mais tes disciples ne jeûnent pas ? »
et Jésus leur a dit
« les fils de la chambre nuptiale
dans laquelle l'époux est avec eux
ne peuvent pas jeûner,
aussi longtemps qu'ils ont l'époux avec eux
ils ne peuvent pas jeûner,
mais viendront des jours
où leur aura été enlevé l'époux
et alors ils jeûneront en ces jours-là
nul ne coud un morceau d'étoffe toute neuve
sur un vêtement vieux
sinon la pièce tire sur lui
— le neuf sur le vieux —
et une déchirure pire se produit
et nul ne met du vin nouveau
dans des outres vieilles
sinon le vin
fera éclater les outres
et le vin se perd
ainsi que les outres
mais (on met) du vin nouveau
dans des outres neuves »
(Marc 2, 18-22)
