Partage d'évangile quotidien
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Médecin, guéris-toi toi-même !

Sam. 13 Janvier 2024

Pour les uns, le péché consiste à enfreindre des règles, parfois très précises et pointilleuses ; voilà une définition qui a le mérite de la clarté et de la simplicité, on est dans les clous ou on ne l'est pas...

Les "taxateurs", que de nombreuses traductions appellent les "publicains" (terme lié à l'empire romain), sont ce qu'on appelle aussi des "fermiers généraux" (sous la royauté) : ce sont des collecteurs des impôts, mais contrairement à ce qui se passe de nos jours où les agents des impôts sont des fonctionnaires, qui n'ont pas d'intérêt direct personnel dans le résultat de leur travail, ceux-ci étaient des entrepreneurs privés, libre à eux de décider quelles sommes ils allaient demander comme rétribution de leur travail, en plus de celles qu'ils devaient transmettre à leur commanditaire. On sait les conséquences d'une manière générale de la privatisation de la fonction publique, nous n'en sommes actuellement pas encore arrivés à la privatisation du service des impôts, espérons qu'on n'ira pas jusque là !

Comme on peut s'en douter, les "taxateurs" avaient donc vraisemblablement une fâcheuse tendance à abuser de la situation, en se payant largement sur le dos de leurs contribuables. Mais ce qui aggravait leur cas, était que, parmi ces impôts qu'ils recouvraient, une bonne partie sinon la totalité selon les cas allait dans les caisses de Rome, de l'occupant, de l'étranger, des païens, des goyim, et c'était presque cela le pire, ils étaient donc des collabos, à classer aux premiers rangs de la catégorie large des pécheurs, quelque part au même niveau que les prostituées.

Mais qu'est-ce donc que cette notion de péché ? Pour les uns, dont font partie certains pharisiens et sans doute un bon nombre de scribes, le péché consiste à enfreindre des règles, parfois très précises et pointilleuses (613 recensées officiellement dans la Torah) ; voilà une définition qui a le mérite de la clarté et de la simplicité, on est dans les clous ou on ne l'est pas, voilà tout. C'est une conception qui s'accorde bien avec une lecture littérale, simpliste et simplette, du récit du fruit défendu : YHWH avait dit de ne pas en manger, Adam et Ève en ont mangé, ils ont donc péché, et voilà comment nous sommes tous devenus pécheurs par hérédité...!

Ici, Jésus emploie plutôt une comparaison qui tend à classer le péché dans la catégorie des maladies. C'est rarement entièrement de notre faute si nous tombons malades ! Bien sûr, si nous sommes sortis dehors par dix degrés en-dessous de zéro avec les cheveux mouillés, nous risquons fortement d'attraper un rhume, mais en général on ne le fait pas plus d'une fois. Et d'ailleurs, le mot hébreu que nous avons traduit par "pécher" signifie "manquer sa cible". Il n'y a pas là à proprement parler de notion de culpabilité, de volonté de mal faire. Certes YHWH avait recommandé de ne pas manger de ce fruit, mais ce n'est pas dans le seul but de lui désobéir qu'ils en ont quand même mangé, c'est simplement une erreur d'appréciation qui les y a amenés, ils se sont trompés.

Une maladie ? ou une faiblesse intrinsèque, nous sommes ainsi faits (nous avons été faits ainsi par YHWH !), parce que nous avons ce que nous appelons notre libre-arbitre, nous avons le choix dans nos actions, nous ne sommes pas que des machines, entièrement déterminés par nos rouages, nous ne sommes pas que des animaux mus par leurs instincts, encore que même eux procèdent aussi par apprentissages ; mais par contre, à leur différence, nous sommes capables de nous obstiner malgré toutes les évidences, nous sommes capables de nous acharner dans des voies, dont nous savons aussi pertinemment par ailleurs qu'elles sont néfastes, et pour les autres, et même pour soi.

Quel remède alors ?

 

 

et il est sorti de nouveau au bord de la mer
et toute la foule venait à lui
    et il les enseignait

et en passant il a vu Lévi le fils de Halphée
    assis à la taxation
alors il lui dit « suis-moi ! »
    et s'étant levé il l'a suivi

et il est arrivé que, étant attablé dans sa maison,
de nombreux taxateurs et pécheurs
    s'attablaient avec Jésus et ses disciples
(en effet ils étaient nombreux qui le suivaient)
et les scribes des pharisiens, l'ayant vu
manger avec les pécheurs et taxateurs,
    disaient à ses disciples
« pourquoi mange-t-il avec les taxateurs et pécheurs ? »
    mais ayant entendu Jésus leur dit
« ce ne sont pas les robustes qui ont besoin d'un médecin
    mais ceux qui sont mal fichus,
je ne suis pas venu appeler ceux qui sont en règle
    mais les pécheurs »

(Marc 2, 13-17)