Partage d'évangile quotidien
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Montre-nous le chemin

Sam. 17 Février 2024

Dès qu'on absolutise une tradition spirituelle, c'est là l'erreur, parce qu'elle n'est qu'un chemin possible vers une certaine réalité, mais que cette réalité elle-même est au-delà de tout ce qui peut en être dit.

Qui sont les justes ? certainement pas ceux qui croient l'être. C'est là toute la problématique de ces "pharisiens" et de leurs "scribes" : ils ont recensé toutes les prescriptions contenues dans les écritures sacrées, et ils mesurent leur degré de justice, ainsi que celui de tout un chacun, à leur capacité à se conformer à toutes ces prescriptions. C'est simple, c'est carré. Enfin, ce n'est pas si simple que ça, quand même, car il y a tous les cas, toutes les situations, qui n'ont pas été prévues, qui ne figurent pas dans les textes, mais pour ces cas-là, ils développent une casuistique, ce qu'ils appellent la tradition des anciens, ou la Torah orale, et le tour est joué.

Dès qu'on absolutise une tradition, aussi vénérable qu'elle puisse nous sembler, c'est là que réside en réalité le péché. Non pas que la tradition soit à jeter aux orties pour autant, mais parce qu'elle ne peut jamais constituer tout au plus qu'un garde-fou. Et la Torah dite écrite, de ce point de vue, rentre dans le cadre de ces mêmes limites. La Torah écrite a d'abord été, elle aussi, une Torah orale. Elle est une tradition, plus ou moins bien inspirée, mais qui ne peut certes pas non plus exprimer le tout de la transcendance, sa réalité. Elle est un chemin possible vers cette réalité, mais la réalité elle-même est au-delà de tout ce qui peut en être dit.

Le problème de toutes les religions est là, le christianisme ici, quoi qu'il en pense, n'y échappe pas non plus. La Trinité et la double nature humaine et divine de Jésus ne constituent pas plus des absolus que la Torah fut-elle à la fois écrite et orale et non plus que l'octuple sentier et le tétralemme cher à Nagarjuna etc., etc. Par définition, l'expérience de l'au-delà est au-delà de ce qui peut en être dit, or, ce qui est souhaitable, c'est évidemment d'entrer dans l'expérience, la vivre, et non d'en rester aux seuls panneaux indicateurs qui en montrent la direction...

L'avantage de ceux qui sont franchement en-dehors des clous, c'est qu'ils le savent, ils savent qu'ils ne sont pas arrivés au but, qu'il y a encore un chemin devant eux. Les autres se sont souvent laissé mettre tellement d'œillères avec leurs certitudes sur ce qu'ils pensent être la vérité...

 

 

et après quoi il est sorti
et il a vu un taxateur du nom de Lévi
    assis à la taxation
et il lui a dit « suis-moi ! »
et il a tout quitté et il s'est levé et il le suivait

et Lévi a fait un grand banquet pour lui dans sa maison
    et il y avait une foule nombreuse de taxateurs et d'autres
    qui étaient attablés avec eux
et les pharisiens et leurs scribes
    grommelaient auprès de ses disciples en disant
« pourquoi mangez-vous et buvez-vous
    avec les taxateurs et pécheurs ? »

    et répondant Jésus leur dit
« n'ont pas besoin les bien-portants d'un médecin
    mais ceux qui vont mal ;
je ne suis pas venu appeler des justes
    mais des pécheurs
    au repentir »

(Luc 5, 27-32)