Moutons et chèvres
Les moutons sont réputés être grégaires, leur mot d'ordre serait "restons groupés", quand les chèvres seraient des individualistes invétérées, n'en faisant jamais qu'à leur tête...
Première évidence : si on est dans une misère extrême, qu'elle soit matérielle ou psychologique, on ne peut pas se faire reprocher de n'avoir pas donné à manger, à boire, des vêtements, à ceux qui en avaient besoin : on n'avait déjà rien pour soi-même ; et on ne pouvait pas non plus ni accueillir ni aller visiter ceux qui l'auraient souhaité... Est-ce à dire qu'on ne se situe donc ni dans ceux qui iront au feu éternel, ni dans ceux qui iront dans le royaume ? ni enfer, ni paradis : purgatoire, mais pour nous purger de quoi, puisqu'on n'a de toutes façons eu aucun choix possible ?
Deuxième évidence : personne n'est entièrement ni d'un côté ni de l'autre. La notion de "feu éternel", d'enfer, de condamnation pour l'éternité, ne peut pas concerner la personne entière. À ce sujet, le mot précis, utilisé à la fin de ce passage concernant le sort de ceux qui y seraient destinés, est intéressant : il est généralement traduit par "correction", "châtiment", "punition", ce qui est effectivement son sens abstrait, mais il a aussi un sens concret qui est "élagage", "action d'élaguer". Quand on élague un arbre, ce n'est pas pour le punir, mais pour lui permettre d'être plus beau, plus majestueux.
J'ai du mal à comprendre ceux qui tiennent encore des discours similaires à celui de ce passage de Matthieu, mais en les prenant au premier degré, voyant réellement Dieu comme un juge qui châtie, qui punit, croyant réellement à un enfer éternel si jamais on aurait cédé une fois de trop à un penchant par trop égoïste. Soit ils ont alors une peur morbide de la mort, quand ils s'adressent leur discours à eux-mêmes, soit ils se comportent comme des tortionnaires, des terroristes, à l'égard des autres, persuadés qu'ils sont d'être, eux, du bon côté de la balance.
La ligne de partage est au milieu de chacun de nous. Il y a du bon et du moins bon en moi, une saine conception de mon devoir de prendre soin de ma propre vie, mais aussi un égocentrisme forcené et inique qui me rend aveugle aux misères des autres. Même le pire des salauds, le pire criminel de guerre, le pire dictateur, est né comme tous les bébés, parfaitement, absolument, innocent de quelque crime que ce soit, et cela ne pourra jamais lui être reproché. Ce qui n'est évidemment pas une consolation pour ceux qui auront eu à subir les conséquences de ses sévices.
Quel rôle pour Dieu dans tout ça ? il me semble aussi difficile de le voir encore comme un être personnel intervenant dans le cours de l'histoire au gré d'une sorte d'arbitraire dont il serait le seul juge. Il y a bien des forces collectives qui nous dépassent et qui se disputent en nous notre conduite, et selon les choix que nous faisons, nous renforçons l'une ou l'autre de ces forces ; Dieu est sans doute l'ensemble de ces forces, et il ne dépend que de nous desquelles finiront par l'emporter. Quoique, il semble difficilement crédible que l'univers, l'être, l'existence, puissent un jour disparaître totalement... que le néant puisse un jour l'emporter...
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et quand viendra le fils de l'homme dans sa gloire
et tous les anges avec lui
alors il s'assiéra sur son trône de gloire
et seront rassemblées devant lui toutes les nations
et il les séparera les uns des autres
comme le berger sépare les moutons des chèvres.
et il mettra d'une part les moutons à sa droite
et d'autre part les chèvres à sa gauche
alors le roi dira à ceux de sa droite
"venez les bénis de mon père !
héritez du royaume préparé pour vous
depuis la fondation du monde !
car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger
j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire
j'étais étranger et vous m'avez accueilli
nu et vous m'avez vêtu
j'étais malade et vous m'avez visité
j'étais en prison et vous êtes venus à moi"
alors les justes lui répondront en disant
"Seigneur !
quand t'avons-nous vu
affamé et t'avons-nous donné à manger ?
ou assoiffé et t'avons-nous donné à boire ?
et quand t'avons-nous vu
étranger et t'avons-nous accueilli ?
ou nu et t'avons-nous vêtu ?
et quand t'avons-nous vu
malade ou en prison et sommes-nous venus à toi ?"
et répondant le roi leur dira
"amen ! je vous dis
dans la mesure où vous l'avez fait
à un de mes frères
ces plus petits
c'est à moi que vous l'avez fait"
alors il dira aussi à ceux de gauche
"allez loin de moi ! maudits
au feu éternel
préparé pour le diable et ses anges
car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger
j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire
j'étais étranger et vous ne m'avez pas accueilli
nu et vous ne m'avez pas vêtu
malade et en prison et vous ne m'avez pas visité"
alors eux aussi répondront en disant
"Seigneur !
quand t'avons-nous vu
affamé ou assoiffé
ou étranger ou nu
ou malade ou en prison
et ne t'avons-nous pas servi ?"
alors il leur répondra en disant
"amen ! je vous dis
dans la mesure où vous ne l'avez pas fait
à l'un de ces plus petits
c'est à moi que vous ne l'avez pas fait non plus"
et s'en iront
ceux-ci vers le redressement éternel
mais les justes vers la vie éternelle
(Matthieu 25, 31-46)
