Partage d'évangile quotidien
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Ne nous fais pas entrer dans l'épreuve

Mar. 20 Février 2024

D'ordinaire, ce qu'on oppose à l'idée de Dieu, c'est l'existence du mal : comment expliquer qu'un Dieu "tout-puissant" permette qu'il existe du mal. Il ne devrait pas laisser faire cela !

Ne nous fais pas entrer dans l'épreuve : quelle image de Dieu se trouve-t-elle derrière cette formule, cette demande. Il n'est pas dit "évite" que nous entrions dans l'épreuve, empêche que cela se produise, mais bien "ne nous fais pas entrer". C'est donc un Dieu qui peut, délibérément, nous mener dans des épreuves. D'ordinaire, ce qu'on oppose à l'idée de Dieu, c'est l'existence du mal : comment expliquer qu'un Dieu "tout-puissant" permette qu'il existe du mal. Il ne devrait pas laisser faire cela ! mais ici, c'est bien pire, on suppose qu'il peut volontairement nous y précipiter.

Cette idée, d'un Dieu qui, sans être pour autant à l'origine du mal, peut cependant nous y exposer volontairement, rejoint sans doute la question de la mort de Jésus, dans une certaine façon de la comprendre, qui soutient que telle était la volonté de Dieu, qu'il aurait donc voulu cette abomination, censément comme étant le seul moyen de racheter le péché originel. Ces deux concepts tombent donc d'eux-mêmes. Il y a contradiction irréductible entre un Dieu considéré comme n'étant qu'amour et de tels comportements qui ressortent sans nul doute possible d'un pur sadisme.

Il n'est pas sans intérêt de noter que la traduction liturgique de cette demande "ne nous fais pas entrer dans l'épreuve" ait subi tant de variantes au fil des années depuis qu'elle est dite en langue vernaculaire. Ne nous fais pas entrer en tentation, ne nous soumets pas à la tentation, ne nous laisse pas entrer en tentation, et je dois certainement en oublier encore... Le mot "tentation" déjà étant mal choisi, car il n'implique pas nécessairement une situation difficile à supporter en soi, seulement qu'il y a un choix à faire, contrairement à l'épreuve.

On retrouve cette même épreuve lors du jeûne initial de quarante jours de Jésus au désert. La chaleur, la faim, la soif : ça c'est une épreuve ! avant que d'être effectivement aussi le cadre d'une tentation. On pourrait argumenter que c'est l'Esprit qui l'a poussé dans cette épreuve, mais l'Esprit, précisément, ne force jamais personne à quoi que ce soit, il inspire seulement ; comme son nom l'indique, il suggère, il propose, mais n'impose pas, il ne fait pas "entrer" dans l'épreuve.

Il est évident qu'il y a du mal, des épreuves, des souffrances, qui nous attendent dans le monde, dans la vie. Certaines peuvent nous être insupportables, certains n'y résistent pas, ils en meurent, ou en perdent la tête, ou se suicident, ou deviennent des tortionnaires. D'autres ont plus de chance, ils arrivent à s'en sortir, et ils en sortent plus fort, et, s'ils sont croyants, ils diront éventuellement après coup que Dieu avait voulu les éprouver par là. Mais de quel Dieu parlent-ils alors ?

 

 

et quand vous priez
    ne rabâchez pas comme les païens
    en effet ils pensent être entendus à force de paroles
donc ne soyez pas comme eux
    car votre père sait de quoi vous avez besoin
    avant que vous le lui demandiez
donc vous, priez ainsi

notre père ! celui dans les cieux
    sanctifié soit ton nom !
    vienne ton règne !
    soit faite ta volonté !
comme au ciel ainsi sur terre
    notre pain de demain
donne-le nous aujourd'hui !
    et remets-nous nos dettes
comme nous aussi avons remis à nos débiteurs !
    et ne nous fais pas entrer dans l'épreuve !
    mais défends-nous du mauvais !

car si vous passez aux hommes leurs erreurs
    il vous passera aussi [vos erreurs] votre père du ciel
mais si vous ne passez pas aux hommes [leurs erreurs]
    votre père non plus ne [vous] passera pas vos erreurs

(Matthieu 6, 7-15)