Partage d'évangile quotidien
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Quiproquo révélateur

Mar. 13 Février 2024

Dans notre vie, où il ne se produit pas un miracle tous les quarts d'heure, il est légitime de prendre en charge sa propre subsistance, et il est même un devoir de prendre en charge celle de ses enfants si on en a...

Séquence digne du cabinet du psychanalyste ? Jésus met en garde les disciples contre le "levain" des pharisiens et autres idéologistes. Par "levain", il entend évidemment ce qui les fait vivre, ce qui les motive, ce qui les fait agir, leurs croyances, leurs conceptions du monde et de Dieu, leur morale, leur "esprit" en somme. Mais eux prennent le mot au sens premier, ils le comprennent comme le levain qui sert à faire du pain... Pain ! oups ! on n'a pas de pain, on a oublié d'en acheter, comment allons-nous survivre ? jeûner ? ah non, ça suffit, la dernière fois que ça nous est arrivé, on a commencé à manger quelques épis au bord du chemin, et on s'est fait engueuler par les pharisiens parce que c'était le shabbat...!

Évidemment, juste après deux multiplications de pains, ils devraient quand même arriver à s'élever un petit peu au-dessus de ces contingences... Dans notre vie à nous, où il ne se produit pas un miracle tous les quarts d'heure, il est légitime de prendre en charge sa propre subsistance, et il est même un devoir de prendre en charge celle de ses enfants si on en a faits, de son conjoint si besoin, ses parents aussi éventuellement. Mais là, eux, ceux qui voient tous les jours des malades guérir, parfois une tempête se calmer instantanément, du pain se multiplier à foison ? Bon, on peut se moquer, mais on ne ferait vraisemblablement pas mieux qu'eux, c'est trop incompréhensible, ce qu'il se passe avec celui-là, c'est trop hors normes, c'est trop trop.

Mais qu'est-ce que c'est, alors, ce levain des pharisiens, ou des hérodiens (ou des sadducéens, dans la version parallèle du même épisode chez Matthieu 16, 5-12) ? Tous ces gens-là n'ont pas grand chose à voir les uns avec les autres, à part qu'ils sont "juifs". Les pharisiens sont tenants d'une interprétation possible et souhaitable sinon nécessaire, de la Torah écrite, quand les sadducéens ne veulent pas en entendre parler, pour ces derniers seul le texte fixé et figé fait référence, le reste n'est que fantasmes... Quant aux hérodiens, c'est tout-à-fait autre chose encore, ce sont ceux qui estiment que la dynastie des Hérode est légitime en tant que rois d'Israël, successeurs donc de David, alors que ce ne sont même pas vraiment des Juifs, Antipater, le fondateur de la dynastie, n'étant qu'un étranger converti....

Des choux, des carottes et des navets, ça peut faire une très bonne soupe, mais leur point commun, le levain qu'ils partagent ? on ne voit guère qu'une réponse à cette question : qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent quand ils parlent de Dieu, contrairement à Jésus. Ils parlent par ouï-dire, ils se réfèrent à des textes, en les prenant littéralement, ou plus allégoriquement, mais cela ne va pas plus loin. Dans le fond, tout cela leur reste étranger. Même leurs textes, ces textes auxquels ils s'accrochent, le leur disent, pourtant : la royauté, YHWH n'était pas d'accord pour qu'ils aient un roi, mais eux l'ont quand même voulu... La terre promise : quand YHWH a dit à Abraham de quitter son pays natal, c'était cela l'essentiel, quitter, partir, devenir nomade. L'esprit, c'est d'être en chemin, toujours ; toujours en recherche, jamais arrivé, jamais au bout.

L'Esprit souffle, tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va, où il t'emmène...

 

 

et ils ont oublié de prendre du pain
    et à part un seul pain
ils n'en ont pas avec eux dans la barque
    or lui les instruisait, disant
« voyez, méfiez-vous
    du levain des pharisiens et du levain d'Hérode ! »
alors ils se firent des réflexions l'un à l'autre
    que c'était parce qu'ils n'ont pas de pains
    mais l'ayant connu il leur dit

« pourquoi faites-vous des réflexions
    parce que vous n'avez pas de pains ?
vous ne voyez pas encore
ni ne comprenez ?
vous avez le cœur endurci ?
ayant des yeux vous ne voyez pas
et ayant des oreilles vous n'entendez pas ?
et vous ne vous rappelez pas ?
quand j'ai rompu les cinq pains pour les cinq mille,
    combien de paniers pleins de morceaux avez-vous remportés ? »
ils lui disent : « douze »
« et aussi les sept pour les quatre mille ?
    combien de corbeilles remplies de morceaux avez-vous remportées ? »
et il lui disent : « sept »

    et il leur disait :
« vous ne comprenez toujours pas ? »

(Marc 8, 14-21)