Partage d'évangile quotidien
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Que ta gauche ignore ce que fait ta droite

Mer. 14 Février 2024

Il n'est pas naturel de se priver d'une partie de ses biens, il n'est pas naturel de s'abstenir pour un temps de manger, il n'est pas naturel d'empêcher ses pensées de vagabonder comme bon leur semble.

L'aumône, la prière, le jeûne : autant d'actions qui ne sont pas naturelles. Il n'est pas naturel de se priver d'une partie de ses biens, il n'est pas naturel de s'abstenir pour un temps de manger, il n'est pas naturel d'empêcher ses pensées de vagabonder comme bon leur semble. Il n'y a donc rien d'évident à s'adonner à de telles pratiques, et pourtant, il ne s'agit pas non plus de s'y astreindre par pur devoir, il faut qu'elles soient pour nous des sources de joie, sinon, précisément parce qu'elles ne sont pas naturelles, nous cesserons tôt ou tard de nous y adonner.

Sources de joie, l'aumône, la prière et le jeûne le sont en ce qu'ils nous libèrent de poids dont nous ne nous rendions pas compte. Mais il est vrai qu'il faut d'abord accepter de franchir le pas, un peu comme un pari, ou au moins comme une expérience à faire, avec une attitude ouverte. Le jeûne, par exemple, passé un éventuel premier temps de perturbation dans les habitudes physiologiques du corps, procure ensuite des états de clarté d'esprit insoupçonnés, sans parler de la saveur découverte aux plus simples aliments lorsqu'on reprend son alimentation.

Il en va de même avec la prière, qui peut s'apparenter d'abord à un effort orienté de la pensée et des sentiments, un peu comme dans tout travail intellectuel, mais qui se dirigera ensuite progressivement vers la cessation de toute activité intérieure, éventuellement centrée sur un objet, puis sans plus aucun support, la vacuité complète, non qu'il n'y ait plus rien, mais qu'on en est complètement détaché. Et là encore, le retour à ce qu'on peut appeler la vie ordinaire, le fonctionnement plus habituel de nos pensées et de nos sentiments, nous les fait redécouvrir dans une richesse renouvelée.

Faut-il insister sur la liberté acquise quand on partage nos biens, quand on les met en commun, refusant d'avoir plus que de besoin quand d'autres manquent du minimum vital ? La question alors n'est même pas tant de s'assurer que ce dont on s'est délesté soit utilisé à juste escient : même s'il est quand même préférable que ce soit le cas, évidemment, on est de fait déjà récompensé par la légèreté des soucis en moins...

Au final, il s'agit donc de se libérer de soi-même. C'est ce à quoi nous invitent toutes les traditions spirituelles authentiques. Sortir de, dépasser, ce sentiment qu'il y aurait quelque chose en chacun.e de nous, un moi, qui aurait plus d'importance que le reste entier de l'univers. Sans mépriser pour autant ce que nous sommes.

 

 

maintenant soyez attentifs à ne pas faire votre justice
    devant les hommes afin d'être remarqués par eux
car sinon vous n'avez pas de salaire
    auprès de votre père dans les cieux

donc quand tu fais une aumône
ne sonne pas de la trompette devant toi
    comme font les mécréants
    dans les synagogues et dans les rues
afin d'être glorifiés par les hommes
amen ! je vous dis
    ils ont touché leur salaire
mais toi en faisant une aumône
que ta main gauche ne connaisse pas
    ce que fait ta main droite
afin que ton aumône
    soit dans le secret
et ton père qui voit dans le secret
    te le rendra
    
et quand vous priez
ne soyez pas comme les mécréants
qui aiment se tenir pour prier
    dans les synagogues et aux coins des rues
pour se faire voir des hommes
amen ! je vous dis
    ils ont touché leur salaire
mais toi quand tu pries
    entre dans ta pièce du fond
    et ayant fermé ta porte
prie ton père
    qui est dans le secret
et ton père qui voit dans le secret
    te le rendra

et quand vous jeûnez
ne soyez pas comme les mécréants
    à l'air sombre
ils ravagent leur figure
    pour apparaître aux hommes comme jeûnant
amen ! je vous dis
    ils ont touché leur salaire
mais toi quand tu jeûnes
    oint ta tête
    et lave ta figure
pour ne pas apparaître aux hommes comme jeûnant
mais à ton père
    qui est dans le secret
et ton père qui voit dans le secret
    te le rendra.

(Matthieu 6, 1-6.16-18)