Partage d'évangile quotidien
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Pour être remarqués

Mar. 27 Février 2024

Ils aiment être à la place d'honneur dans les banquets, et au premier rang dans les assemblées, et être reconnus dans les lieux publics, et être appelés par les autres de tous leurs titres...

J'ai beau faire, mais Jésus disant "vous n'avez qu'un maître, le messie" en parlant de lui-même, je n'arrive pas à y croire. Nulle part dans les évangiles on ne le voit dire "je suis le messie" (et encore moins "je suis Dieu"...), et quand Pierre affirme que, pour lui Pierre, Jésus est le messie, ce dernier lui interdit de dire ça. Or, ici, devant une foule non nécessairement gagnée à sa cause, cette fois il le dirait lui-même ? cela semble difficilement crédible. Soit Jésus parle ici du messie en considérant explicitement qu'il parle de quelqu'un d'autre que de lui-même, soit c'est l'évangéliste qui lui fait dire cette phrase mais qu'il n'a pas prononcée...

Si on suit la première hypothèse — Jésus a parlé du messie comme d'une autre personne que lui-même —, c'est tout l'édifice du christianisme qui s'écroule. Si on suit la seconde hypothèse — c'est l'évangéliste qui est en train de parler à la place de Jésus en lui faisant dire ce qui est en train de devenir la théologie du christianisme — on entre aussi dans un terrain très mouvant, car alors comment discerner dans l'ensemble des évangiles ce qui vient effectivement et réellement de Jésus, ce qu'il a réellement dit et fait, et ce qu'on lui a fait dire et faire par la suite ? c'est tout l'enjeu de la recherche sur le Jésus de l'histoire.

Qui s'élèvera lui-même sera abaissé : voilà bien qui milite pour que ce ne soit pas Jésus qui se soit vanté d'être le messie. Il vient de fustiger ceux qui "disent et ne font pas" et ils prendrait aussitôt exemple sur eux, recommandant à ceux qui l'écoutent de ne pas chercher à se mettre soi-même en valeur, mais lui, c'est ce qu'il ferait ?

Attention cependant avec ces histoires d'abaissement. On ne parle pas là de masochisme, comme cela a trop longtemps été compris à tort. On ne parle pas non plus de soumission politique, de "servitude volontaire". Il ne s'agit pas de m'abaisser par rapport aux autres, mais d'abord par rapport à moi-même en quelque sorte, il s'agit de prendre conscience que je ne suis pas ma propre origine, que je ne me suis pas donné l'existence à moi-même, que je l'ai reçue (de Dieu, de la nature, de l'univers, du tao, de ce qu'on voudra...). Et c'est tout. Oui, et puis bien sûr que, tout ça, je le rendrai aussi, un jour, il ne m'en restera plus rien.

Ma vie, mon être, est un prêt qui m'a été fait. Que vais-je en faire ?

 

 

 

Alors Jésus parla à la foule et à ses disciples
    disant

« sur le siège de Moïse
    se sont assis les scribes et les pharisiens
aussi tout ce qu'ils vous diront, faites-le et gardez-le !
mais ne faites pas selon leurs œuvres !
    car ils disent et ne font pas
ainsi ils lient de lourdes charges
    et les mettent sur les épaules des hommes
mais eux pas même de leur doigt
    ne veulent les porter

toutes leurs œuvres ils les font
    pour être remarqués par les hommes
en effet ils élargissent leurs phylactères
    et allongent leurs franges
et ils aiment la première place dans les banquets
    et les premiers sièges dans les synagogues
    et les salutations sur les places publiques
et être appelés par les hommes "rabbi"
    
mais vous ne soyez pas appelés "rabbi"
    car unique est votre enseignant
    et tous vous êtes frères
et n'appelez "père" aucun de vous sur la terre
    car un seul est votre père, celui du ciel
et ne soyez pas appelés "maîtres"
    car vous n'avez qu'un maître, le messie

aussi le plus grand d'entre vous, ce sera votre servant
car celui qui s'élèvera lui-même sera abaissé
    et celui qui s'abaissera lui-même sera élevé »

(Matthieu 23, 1-12)