Pour un œil, les deux yeux
Je méprise profondément ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu'ils ont reçu un cerveau; une moelle épinière leur suffirait amplement. (Albert Einstein)
Ne jugez pas, ne condamnez pas : toujours la distinction à savoir faire entre la personne et ses actes. On ne juge pas, on ne condamne pas, la personne, car on ne peut absolument pas savoir si, à sa place, on n'aurait pas agi comme elle. À sa place : avec toute son histoire, tout son héritage familial et culturel, toutes les contraintes subies, tous les bienfaits reçus aussi... Personne ne peut réellement se mettre à la place de l'autre.
L'acte, lui, évidemment, peut et doit faire l'objet d'un jugement : on ne peut pas laisser faire impunément crimes, meurtres, toute violence, sans aucun garde-fou, sans aucune règle, sans quoi la vie en société est impossible. Mais ce n'est donc pas la personne que l'on juge. C'est la raison pour laquelle la peine de mort est inadmissible. La justice n'a pas pour objet de punir mais de guérir, du moins c'est ce vers quoi elle devrait tendre. Ramener ce qu'il peut y avoir d'inhumain dans l'autre vers l'humain.
C'est difficile, très difficile, à faire par soi-même, quand on est la victime, et c'est la raison pour laquelle il vaut mieux que la justice soit rendue par la société. La justice, ce n'est pas la vengeance. Il ne s'agit pas de faire payer son acte à l'auteur du délit, il s'agit de lui apprendre à, lui permettre de, devenir juste.
La loi du talion était un progrès par rapport aux pratiques antérieures. Auparavant, on suivait le principe que pour prévenir une récidive on punissait l'agresseur au décuple, centuple, etc. Le but était de terroriser l'autre, en s'imaginant qu'ainsi il y réfléchirait à deux fois avant de récidiver. Effectivement, il réfléchissait, mais il y revenait dès qu'il le pouvait, et lui aussi en surenchérissant encore plus. C'était sans fin et pathétique. Sans commentaire sur tout ce qui peut se passer dans l'actualité...
La loi du talion imposait de se limiter à "un œil pour un œil, une dent pour une dent" : net progrès, évidemment, mais ça reste aussi sans fin...
Ne jugez pas, ne condamnez pas : Jésus (la tradition chrétienne, malheureusement, n'en a pas toujours été digne, l'oubliant même assez vite), n'a certes pas eu le monopole d'une telle injonction, Dieu merci ! Elle est juste inévitable, en fait. On ne peut tout simplement pas se réclamer de l'humain en agissant inhumainement. Car, être humain, vraiment humain, implique de se connaître soi-même, et savoir donc à quel point on est capable du pire comme du meilleur. S'imaginer autre chose, cela ne s'appelle plus être humain, mais être imbécile (pour rester charitable).
/image%2F0553225%2F20240226%2Fob_50e168_20240226.jpg)
Soyez compatissants
comme votre père est compatissant
et ne jugez pas !
pour que non vous ne soyez pas jugés
et ne condamnez pas !
pour que non vous ne soyez pas condamnés
pardonnez !
et vous serez pardonnés
donnez !
et il vous sera donné
une mesure belle, serrée, tassée, débordante
sera donnée dans votre sein
car c'est de la mesure
dont vous mesurez
qu'il sera mesuré pour vous en retour
(Luc 6, 36-38)
