Le surnaturel ne viole pas la nature
Une fois qu'on a dit "miracle", on n'a rien dit, on s'est juste contenté de classer des faits dans une case, qui pour les uns est équivalente à supercherie et pour d'autres la seule branche à laquelle se rattacher ; et après ?
Voici la suite de cette journée inaugurale, journée type, journée programmatique. Le matin, à la synagogue, Jésus a d'abord enseigné, et on a vu que son enseignement détonnait par rapport à l'enseignement habituel, c'est un enseignement "plein d'autorité", ce n'est pas du rabâchage, dont on sent que celui qui le prononce ne sait même pas vraiment lui-même ce que ça veut dire. Non, avec Jésus, ça vient de loin, c'est profond, ça a du sens, alors même qu'il utiliserait exactement les mêmes mots, les mêmes phrases, que n'importe qui. Lui sait de quoi il parle, et la preuve en a même été donnée de la manière la plus explicite qui soit, avec l'exorcisme du possédé.
Après quoi, le petit groupe d'amis (Jésus, Pierre, André, Jacques, Jean) se rendent dans la maison de Pierre et André, cette maison qui sera par la suite considérée par Jésus comme sa maison, sa résidence, là où il habite quand ils ne partent pas sur les routes pour une tournée de prédication. On est le jour du shabbat, on va simplement sortir les plats qui avaient été préparés la veille et manger ensemble en ce jour de fête. Il y a juste un petit problème : la belle-mère de Pierre est malade, comment va-t-on faire, car même si les plats sont prêts, il reste à les apporter, les disposer, bref, un minimum de service, ce qui est le rôle des femmes. Qu'à cela ne tienne, Jésus prend la main de la femme dans sa main, et cela suffit, elle est guérie. Ouf ! on a eu chaud, et accessoirement au passage on peut se demander si cette maison n'est pas celle des beau-parents de Pierre plutôt que celle de ses propres parents à lui, puisque c'est sa belle-mère qui fait le service ; mais c'est un détail.
Le reste de la journée se passe tranquillement, comme cela doit être pour tout shabbat, mais dès le soir tombé, précisément le soleil une fois couché, c'est toute la ville qui accourt à la porte de la maison, du moins tous ceux qui étaient le matin à la synagogue, et qui ont médité au long du jour cet exorcisme auquel ils ont assisté, et deux plus deux faisant quatre, s'il a guéri cet homme, peut-être pourra-t-il faire quelque chose pour le frère, la sœur, l'oncle, la grand-mère, le domestique, la fille, qui ont ceci ou cela..., et Jésus s'exécute. C'est cette scène-là qui sent très fort l'histoire toute symbolique, un peu comme ces refrains qui reviennent régulièrement "Jésus guérissait toute maladie et expulsait tous les démons". Ce qu'on appellerait aussi des pétitions de principe, si on voulait les prendre au pied de la lettre.
Ceci n'empêche que, par Jésus, se sont certainement produits un certain nombre de guérisons, sinon peut-être même des guérisons nombreuses, sans parler d'autres événements possibles encore, tout ceci qu'on place généralement dans une même catégorie qu'on nomme "miracles". Mais une fois qu'on a dit ce mot, on n'a en fait rien dit, on a juste mis ces faits dérangeants dans une case. Pour les uns il s'agit de tromperies, intentionnelles (quelqu'un a volontairement fait croire à de tels événements par divers moyens à éventuellement élucider si on a du temps à perdre) ou non (les "victimes" ont cru que, ont eu des hallucinations, la fièvre, leur inconscient leur a fait fabriquer des histoires imaginaires, etc.). Pour ces sceptiques, dans le meilleur des cas, une guérison inexpliquée et même inexplicable sera au pire le résultat de l'effet placebo, de l'autosuggestion, et surtout ne pas réfléchir aux conséquences de ce fait en lui-même : qu'il soit possible par autosuggestion de...
Mais pour les autres, pour ceux qui admettent que de tels faits "surnaturels" puissent se produire, comment les comprendre, ces faits ? À mon sens, en tout premier, il s'agit de bien faire attention que surnaturel ne signifie pas "contre" nature. Il ne s'agit pas de violations des lois de la nature. Les "lois de la nature" ne sont effectivement pas éternelles, contrairement à ce qu'on a pu longtemps croire. Nous savons maintenant sans aucun doute que la "nature" a une histoire. Aurait-on été raconter à l'univers à ses débuts, quand il n'en était encore qu'à créer étoiles et planètes, qu'un jour il y aurait sur certaines de ces dernières de la vie qui se déploierait, qu'il n'aurait pas voulu le croire. De même, d'ailleurs, aurait-on été dire aux premières bactéries qu'un jour il y aurait des animaux qui pensent et sont conscients d'eux-mêmes et du monde, qu'elles auraient pris de telles histoires pour des balivernes !
C'est cela, le surnaturel : des propriétés de la nature, qui ne se manifestent encore que très ponctuellement, lorsque les conditions le permettent. Après tout, c'est pareil pour l'apparition des corps célestes, de la vie, de la conscience : cela ne s'est pas produit d'un seul coup, simultanément, absolument partout ; il a bien fallu qu'il y ait eu d'abord un premier, une première étoile, une première planète, une première bactérie, etc. Eh bien, c'est pareil avec les faits surnaturels, ils nous disent ce qui pourra un jour être la règle générale ; ce sont, en quelque sorte, de petits signes qui nous sont envoyés par le futur de l'univers. Quant aux conditions pour qu'ils se produisent, on notera que de manière relativement constante, ils supposent au départ une situation de manque, de souffrance, de besoins existentiels, même si il est évident que cela n'a rien d'automatique pour autant, cela ne suffit pas en soi comme cause déclenchante.
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et aussitôt étant sortis de la synagogue
ils vinrent dans la maison de Simon et André
avec Jacques et Jean
or la belle-mère de Simon était étendue fiévreuse
et aussitôt ils lui parlèrent d'elle
et s'étant approché il la réveilla en lui prenant la main
et la fièvre la laissa
et elle les servait
puis le soir étant venu
quand le soleil fut couché
ils apportèrent devant lui
tous ceux qui étaient malades ainsi que les possédés
et toute la ville était rassemblée devant la porte
et il a guéri beaucoup de malades de diverses maladies
et il a expulsé beaucoup de démons
il ne permettait pas aux démons de dire
qu'ils le connaissaient
et s'étant levé le lendemain en pleine nuit
il sortit et s'en alla dans un lieu désert
et là il priait
et Simon et ceux avec lui le pistèrent et le trouvèrent
et ils lui disent
« tous te cherchent »
et il leur dit
« allons ailleurs dans les bourgs voisins
afin que là aussi je prêche
car c'est pour cela que je suis sorti »
et il alla
prêchant dans leurs synagogues dans toute la Galilée
et expulsant les démons.
(Marc 1, 29-39)
