un plus un égale un
On célébrait à Jérusalem l'anniversaire de la dédicace du Temple. C'était l'hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. Les Juifs se groupèrent autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous laisser dans le doute ? Si tu es le Messie, dis-le nous ouvertement ! »
Jésus leur répondit : « Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis.
« Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
voir aussi : Au jardin de mon Père
Affirmation ô combien centrale et difficile : "moi et le Père sommes un". D'ailleurs, les juifs, ou plutôt les judéens puisque la scène se passe à Jérusalem, s'empressent aussitôt de ramasser des pierres pour lapider Jésus, lui reprochant de s'être fait dieu.
Il est évidemment impossible de savoir si Jésus a prononcé ces paroles, et si c'étaient exactement celles-ci, et sinon lesquelles. Nous devons nous contenter de ce qui nous est rapporté, en notant quand même que ce passage ne comporte aucune variante dans les divers manuscrits existants, et tacher au moins de ne pas lui faire dire ce qu'il ne dit pas.
Et pour commencer, Jésus ne dit pas : "je suis le Père". Contrairement à ce que lui reprochent ses interlocuteurs, son expression ne l'identifie pas au Père. Pour utiliser des termes grammaticaux, sa phrase ne comprend pas un sujet qui se dirait être équivalent à la seconde personne, mais il y a bien deux sujets, non confondus : Jésus et le Père.
Il faut encore savoir que le mot 'UN' utilisé ici dans le texte grec, n'a pas été mis au masculin mais au neutre. S'il y avait un masculin, le sens de la phrase aurait été que Jésus et le Père seraient une seule personne. Mais avec un neutre, ce sens n'est pas possible. Il y a unité entre Jésus et le Père, unité de pensée, de parole, d'action, mais ils restent bien quand même deux personnes distinctes.
L'union en Jésus de l'humanité et de la divinité fait partie de ce qu'on appelle en langage théologique des mystères. Mystère ne signifie pas qu'il n'y a rien à comprendre et qu'il faut gober tout cru ou rejeter. Au contraire, mystère signifie qu'il y aura toujours quelque chose de nouveau à y comprendre, qu'on n'en épuisera jamais la richesse du sens. Je rappellerai juste que Jésus n'a pas ici l'exclusivité, nous participons tous des deux 'natures', humaine et divine, et que notre vocation à tous est de parvenir à la pleine union des deux, comme Jésus lorsque le Père l'a ressuscité.
En Jésus, l'humanité et la divinité sont comme la chaleur et la lumière dans le feu.


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