Ça sent la fin !
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts. On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives.
Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum.
Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.
voir aussi : Parfum de mort
On ne sait pas quelle a été la suite de cette décision des grands prêtres de faire mourir Lazare. S'ils l'avaient mise à exécution, on peut supposer que les évangiles, ou la tradition, nous l'auraient rapporté, mais ce n'est qu'une supposition. On peut se dire aussi, qu'avec la disparition du corps de Jésus au premier matin de la semaine, les autorités ont eu d'autres chats à fouetter. Mais ce n'est pas bien certain non plus.
On peut quand même constater que les disciples, même après la découverte du tombeau vide, ont encore mis bien du temps à relever la tête. Qu'ils aient attendu au Cénacle que l'orage se tasse, avant d'être finalement jetés dehors par la venue de l'Esprit, ou qu'ils soient retournés à leurs filets et à leur petite vie pas folichonne mais plutôt pépère de pêcheurs galiléens, les 'chefs des prêtres' avaient largement le temps de poursuivre leur oeuvre d'assainissement. A condition d'arriver à trouver quelqu'un, bien sûr.
Peut-être est-ce ainsi qu'il faut se représenter les premiers temps qui ont suivi la mort de Jésus. La nouvelle du tombeau vide a bien circulé parmi les disciples, mais ils n'ont pas vraiment su qu'en faire. Leur priorité a surtout été de se mettre hors de portée des autorités, partie en se cachant à Jérusalem moyennant quelques complicités, partie en repartant en province, loin de la garde du Temple, et protégés par leurs familles et leurs villages.
Bon, on n'en est pas encore là, pour l'instant. A part Marie, sans doute, qui semble avoir compris ce qu'il va se passer, si tant est que l'épisode soit authentique. Très beau symbole, bien sûr, de l'amour qu'elle porte à Jésus, que ce riche parfum d'embaumement dont elle l'enduit par anticipation. Mais qui indique aussi de quelle classe sociale était cette famille amie. Et si Judas est le seul dont on rapporte la mauvaise humeur à ce sujet, je doute que la plupart des disciples, d'origine modeste, n'aient rien trouvé à redire en eux-mêmes. C'était quand même un parfum à plus de 10.000 euros, le salaire annuel d'un journalier !
Les riches font bien ce qu'ils veulent de leur argent, et on ne peut pas trop rien dire puisqu'ils nous offrent le repas. Mais ils ne pourraient pas faire un peu preuve de décence ?


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