Le prix de la connaissance
« Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l'heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s'adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? »
Le Seigneur répond : « Quel est donc l'intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ?
« Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si le même serviteur se dit : 'Mon maître tarde à venir', et s'il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, son maître viendra le jour où il ne l'attend pas et à l'heure qu'il n'a pas prévue ; il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles.
« Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n'a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n'en recevra qu'un petit nombre. A qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
voir aussi : Abolition des privilèges, Responsabilités partagées, Nous aussi ?
Il y a une petite difficulté dans ce passage. Pierre pose une question, dont la logique sous-jacente serait que Jésus ne peut pas exiger autant de la foule que des disciples. Et Jésus répond qu'il sera effectivement demandé plus aux disciples ...qu'à la foule ! On se serait attendu à ce que la réponse de Jésus soit venue plutôt en réaction à une tentative de Pierre de se débiner de ses responsabilités. Mais peu importe. Ce qui est à noter, ici, c'est l'apparition des intendants.
La parabole que nous avions vue hier ne parlait que de serviteurs qui devaient attendre le retour de leur maître. Il n'était pas question de distinctions parmi ceux-ci, de différences dans les rôles, tous avaient à se tenir éveillés. Et puis voilà aujourd'hui que, parmi ces serviteurs dont le maître s'est absenté, on nous parle de certains qui seraient responsables des autres. On voit apparaître une notion de hiérarchie. Pourquoi ?
Marc, qui a écrit à une époque où le "mouvement Jésus" n'avait pas encore éprouvé le besoin de s'organiser, comme on pouvait s'y attendre, n'a pas ce passage. Ce sont Matthieu et Luc, qui écrivent plus tard, qui le racontent. Et il est intéressant de noter une différence non négligeable entre leurs deux versions : Matthieu n'a pas l'interruption de Pierre. Matthieu enchaîne directement, du voleur qui peut venir à n'importe quelle heure, à l'intendant fidèle qui a la charge de 'lieutenant' de son maître en son absence.
C'est que Matthieu se considère comme juif, il attend le retour du messie des juifs, et, pour lui, les serviteurs que les disciples doivent nourrir pendant l'absence du messie, ce sont ses frères juifs qui n'ont pas encore adhéré à Jésus. Matthieu, et la communauté qu'il représente, ne se pensent pas comme une nouvelle religion. Ils sont juifs, et, parmi les juifs, ils sont seulement ceux qui ont compris que Jésus était le messie qu'ils attendaient tous, et ils se sont donné pour tâche de le faire comprendre au plus grand nombre possible de leurs coreligionnaires, pour que eux aussi puissent entrer dans le royaume qui vient.
Luc, pour sa part, n'est pas juif d'origine. Il vit, ainsi que sa communauté, hors d'Israël, dans la diaspora, dans le monde grec, et leur horizon ne se focalise pas sur le seul peuple hébreu. Pour eux, les 'serviteurs' qu'il s'agit de nourrir, c'est tout le monde connu de l'époque, toutes les nations. C'est sans doute pour cela qu'il fait intervenir Pierre : est-ce que c'est seulement nous qui attendons le retour du Fils de l'homme, ou est-ce "tout le monde" ?


Commenter cet évangile