Sursis à l'exécution
A ce moment, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice.
Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux.
« Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. »
Jésus leur disait encore cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?' Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.' »
voir aussi : La patience du jardinier, Dernière chance
C'est une tonalité très sombre qui ressort de ce passage : les Galiléens massacrés, les victimes de la chute de la tour de Siloé, n'ont pas subi un sort injuste, ce sont tous les survivants qui ont bénéficié d'une chance imméritée ! C'est uniquement sur les instances du vigneron, Jésus, que le maître de la vigne, Dieu, ne met pas encore fin à la vie du figuier, Israël. Nous avons ici un thème qui est plus proche de la prédication de Jean-Baptiste ("Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres", Luc 3,9) que du message de Jésus tel qu'il se dégage de l'ensemble des évangiles.
Remarquons, cependant, la résolution du vigneron. Son maître lui demande de couper le figuier, lui, plaide sa cause, demandant un peu de patience. Ensuite, il ne pourra évidemment pas s'opposer à la volonté du propriétaire, mais il ne dit pas non plus qu'il y accédera : "tu le couperas" lui répond-t-il ! Jésus, ici, refuse par avance de donner son concours à une telle entreprise, si jamais elle devait se réaliser. Si vraiment le Père veut aller jusqu'au bout de cette logique, lui n'y prendra pas part.
Nous pensons ici à Abraham marchandant avec YHWH pour qu'il ne détruise pas Sodome et Gomorrhe. L'histoire du peuple juif est ainsi parsemée d'hommes qui osent s'élever contre ce qu'ils considèrent comme des erreurs de leur Dieu. Pensons encore à Jacob, qui lutta en corps à corps avec lui toute une nuit ! Il n'est pas interdit, non plus, de lire la mort de Jésus comme son manifeste de désaccord avec la solution extrême de l'anéantissement d'Israël : plutôt mourir que de devoir prononcer la sentence.


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