D'un extrême à l'autre
« A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ?
« Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s'interpellent entre eux :'Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé.Nous avons entonné des chants de deuil, et vous n'avez pas pleuré.'
« Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : 'C'est un possédé !' Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : 'C'est un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.'
« Mais la sagesse de Dieu se révèle juste auprès de tous ses enfants. »
voir aussi : Enfants gâtés, Jamais contents
C'est encore une histoire d'esprit et de lettre. Une religion peut-elle être son propre but ? Il y a des tenants de ce point de vue. En fait, des gens coincés. Ils ont un vague sentiment du spirituel, de Dieu, juste assez pour comprendre que c'est important, mais pas assez pour se guider par eux-mêmes. Ceux-là s'accrochent à leur religion comme si elle était l'objectif lui-même, prêts à l'absolutiser : il n'y en a qu'une de vraie, la leur, et on ne doit rien y toucher.
Ce n'était pas le cas de Jean-Baptiste, ni de Jésus. Les deux remettaient fortement en cause les formes établies de leur religion. Pas pour le plaisir de remettre en cause. Simplement parce qu'ils avaient une expérience directe et personnelle de Dieu qu'ils essayaient de communiquer. On en a fait une nouvelle religion... C'est bien sûr dommage, mais inévitable aussi. C'est comme ça. Certains savent, connaissent, découvrent, Dieu, et alors les formes deviennent secondaires. Non pas fausses dans l'absolu, juste relatives. C'est le sabbat qui est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat...
Et il y en a pour tous les goûts. Il n'y a qu'à voir tous les saints de toutes les religions. Il y en a d'austères, il y en a de fantaisistes. "Glouton et ivrogne", il ne faudrait pas exagérer, quand même. Ça, c'est la rancœur des pharisiens qui a caricaturé. Mais qui ne méprisent pas la sensualité de la vie, c'était certainement le cas de Jésus. Autant de formes de sainteté que de personnalités dans le monde. Chacun la sienne.
Mais y a-t-il encore la foi sur terre, de nos jours ? La foi qui n'est pas coercible à une formulation, à un 'credo', la foi qui ne se résume pas à des règles de vie, une morale, la foi qui meurt d'être disséquée en théologismes, qu'ils soient dogmatiques, anthropologiques, bibliques, systématiques, ou autres encore. Bref, une foi vivante, véritable cœur à cœur entre l'homme et son père, selon l'image que nous a donnée Jésus.


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