Partage d'évangile quotidien
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D'où, à lui, tout cela ?

Mer. 4 Février 2015

Marc 6, 1-6 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il sort de là. Il vient dans sa patrie. Ses disciples le suivent. 

Arrive le sabbat : il commence à enseigner dans la synagogue. Beaucoup, en l'entendant, sont frappés. Ils disent : « D'où ? À lui ! Tout cela ! Quelle sagesse ! Elle lui est donnée ? À lui ! Et ces fameux miracles qui arrivent par ses mains ! Celui-là, n'est-ce pas l'artisan, le fils de Marie, un frère de Jacques, Joset, Juda, Simon ? Et ses sœurs, n'est-ce pas, elles sont ici, auprès de nous ? » Il est pour eux une occasion de chute. 

Jésus leur dit : « Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, parmi ses proches, et dans sa maison. » Il ne peut, là, faire aucun miracle. (Sauf pour peu d'invalides : il impose les mains et guérit.) Il s'étonnait de leur manque de foi. Il parcourait les villages des environs, en enseignant. 

 

 

L'enfant Jésus au Temple, par He-Qi

 

 

voir aussi : Un petit tour..., D'où viens-je ?, Retour au bercail, Qui c'est celui-là ?, Incroyable !

Le retour de Jésus "dans sa patrie", ce qui signifie dans son village natal, est un épisode repris aussi par Matthieu (13, 54-58) et Luc (4, 16-30). Ce dernier a mis considérablement l'événement en valeur, à la fois en le situant comme épisode inaugural du ministère de Jésus — ce qui induit au moins une contradiction, quand les villageois évoquent des miracles, accomplis à Capharnaüm, qui n'ont pas encore eu lieu... —, et aussi en le dramatisant, jusqu'à décrire une tentative de ces villageois de faire mourir Jésus, rien que ça ! En fait, Luc, l'évangéliste des païens, a utilisé le rejet de Jésus par les habitants de Nazareth comme emblématique de son rejet ultérieur par l'ensemble du peuple juif, du moins par sa plus haute autorité religieuse, le sanhédrin de Jérusalem. Dans sa scène inaugurale, il annonce déjà la scène, presque finale, de toute l'histoire. Chez Matthieu, l'épisode est plutôt un peu moins mis en valeur que chez Marc, mais il n'est pas sûr que ce soit voulu par l'auteur. Il semble situé plus loin dans le récit, mais c'est aussi le mode de composition de Matthieu par grands blocs thématiques qui donne cette impression. D'autre part, il ne mentionne pas explicitement la présence des disciples, ce qui peut donner moins de certitude à la scène, mais cette présence pouvait aussi être implicite dans l'esprit de l'auteur.

Ce qui nous surprend, dans tous les cas, c'est le fait que la famille de Jésus ne semble pas être présente à l'événement ! On parle d'elle, on dit même que "ses sœurs sont ici, auprès de nous", mais ce doit être un "auprès" relatif : elles sont peut-être restées dans leurs maisons ? ce n'est pas plausible, pas plus que pour les frères ni pour Marie. C'est le sabbat, tout le village s'est rassemblé à la synagogue, il n'y a pas de raison que la famille de Jésus ait fait exception. Étaient-ils tous absents, par hasard, ce jour-là ? c'est peu probable, le récit n'aurait alors pas manqué de souligner ce concours de circonstances malencontreux. Non, le plus vraisemblable est que la famille est bien là, elle aussi, et si elle avait manifesté une opinion différente des autres villageois, là encore le récit n'aurait pas manqué de le rapporter. La famille est là, mais on veut éviter de mettre en relief le fait qu'elle est solidaire du village, qu'elle non plus ne croit pas en Jésus. On notera à ce sujet que Matthieu a omis de dire que la scène se passait un jour de sabbat ; ce n'est pas grand chose, mais ça laisse planer un peu plus de doute sur la présence ou non de la famille dans l'assemblée : Matthieu essaie bien quand même, discrètement, de minimiser la portée de l'événement...

Intéressante, par contre, est la remarque que Jésus "s'étonnait de leur manque de foi". Dans l'épisode précédent des relations de Jésus avec sa famille, lorsque celle-ci est partie en expédition depuis Nazareth jusqu'à Capharnaüm, avec la ferme intention de le ramener de force chez eux, on nous a montré un Jésus qui assumait de rompre avec eux ; un Jésus, par conséquent, qui savait à quoi s'en tenir sur eux, et censé avoir intégré la donne. Il y a donc une contradiction à ce que, maintenant, il "s'étonne" de leur manque de foi. Ou alors, on doit penser à un Jésus pas si sûr de lui que ce qu'on aime bien se représenter à son sujet en général ; un Jésus qui s'est senti très fort quand il était à Capharnaüm, entouré de la foule de ses fans, pour affirmer qu'ils étaient sa nouvelle famille ; mais un Jésus qui a eu ensuite des doutes ou des remords, regrettant d'avoir été trop rude avec sa mère et ses frères et sœurs, et se lançant alors à son tour dans le chemin inverse, de Capharnaüm à Nazareth, pour s'excuser et tenter de recoller les morceaux. En somme, un Jésus très humain, très proche de nous, capable de commettre des erreurs, capable de s'en rendre compte, et capable d'essayer de réparer les torts qu'il a pu causer sans les vouloir vraiment.

On est très proche d'un Jésus pécheur ! et beaucoup, sans doute, vont grincer des dents... À strictement parler, pourtant, le péché est une infraction volontaire, ce qui n'est pas le cas ici. Jésus n'a pas voulu peiner sa famille, pas plus qu'il n'avait voulu peiner Joseph et Marie quand il était resté à quatorze ans dans le Temple, par exemple, et bien sûr, pas plus qu'il ne voudra peiner personne en finissant sur la croix. Une autre façon d'échapper à la question est de se réfugier derrière le peu de fiabilité historique des récits évangéliques, de lui attribuer alors toutes les contradictions qui ne conviennent pas à l'idée que nous nous faisons de Jésus, pour pouvoir sauvegarder l'idole que nous nous sommes construite (idole, il est vrai, que d'autres nous ont d'abord présentée ainsi). Ce refus d'envisager un Jésus humain à ce point signifie en fait une seule chose : on veut un Jésus parfait, un Jésus divin, omniscient, omnipotent même, au moins à partir du début de son ministère public, voire — et pourquoi pas — dès sa conception, et on est alors très proche, cette fois, de la notion hindoue d'avatar. Un tel Jésus trébuche cependant sur la crucifixion, comme on le voit dans l'évangile de Jean, avec son Jésus qui se rend au Golgotha comme à un triomphe d'empereur romain. Un tel Jésus ne souffre pas vraiment sa Passion, il fait semblant. Il faut choisir. Un Jésus homme devenu Dieu, et qui a donc fait des erreurs dans sa vie, ou un Jésus Dieu qui a fait semblant d'être homme.

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