Partage d'évangile quotidien
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D'où viens-je ?

Mer. 6 Février 2013

Marc 6, 1-6 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. 

Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. 

Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. 

Il s'étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant. 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Retour au bercail, Qui c'est celui-là ?, Incroyable !

"Jésus est parti pour son pays", c'est-à-dire pour sa région natale, pour Nazareth. Depuis les débuts de son ministère public, il est censé être resté à Capharnaüm et dans ses environs, à l'exception de l'excursion au pays des géraséniens. C'est donc maintenant que Marc situe l'épisode du retour de Jésus à Nazareth, et du peu de succès qu'il y reçut. Nous avions vu, il y a quelques temps, que Luc situait pour sa part cet épisode au début du ministère public. Si on veut tenir compte encore de l'épisode où la mère et les frères de Jésus ont essayé de le 'kidnapper', voici comment se présentent les deux scénarii : pour Luc, Jésus, après avoir quitté Jean baptiste en emportant quelques uns de ses disciples à sa suite, s'est d'abord rendu chez lui, à Nazareth. Là, ça ne s'est pas trop bien passé, ils se sont donc rabattus sur Capharnaüm, d'où sont originaires la plupart des dits disciples, s'installant dans la maison de Pierre. Quelques temps plus tard, la famille de Jésus réagit et tente de le ramener avant que l'histoire n'aille trop loin. C'est un scénario qui semble à priori cohérent.

Pour Marc, suivi par Matthieu, cela semble plus difficile à expliquer. Après avoir quitté Jean baptiste, Jésus vient s'installer directement chez Pierre. Il commence à faire parler de lui, en sorte que sa famille essaie de venir le prendre pour faire arrêter le scandale. Ils se font renvoyer comme des malpropres, et, quelques temps après, peut-être pris de remords, Jésus retourne chez lui pour essayer d'arranger les choses. C'est un scénario qui n'est pas complètement farfelu, mais on se demande quand même pourquoi Jésus est venu à Capharnaüm en premier : a-t-il juste suivi le mouvement des autres, pour leur faire plaisir, ce n'était donc pas lui qui menait le groupe ?

Certains évoquent une troisième possibilité. On ne trouve aucune attestation historique de l'existence d'une bourgade du nom de Nazareth à l'époque de Jésus. Il n'y a que les évangiles qui en parlent. Certains, donc, pensent que Jésus était en fait originaire lui aussi de Capharnaüm. Cela expliquerait qu'il se soit trouvé tant de disciples dans l'entourage de Jean baptiste originaires de cette même ville. Dans cette hypothèse, Jésus et ses premiers disciples se connaissaient déjà avant. Un groupe de copains, avec des centres d'intérêts communs, comme ce Baptiste justement. Ce n'est donc pas par hasard qu'ils se sont retrouvés dans son entourage, et ce n'est pas par hasard qu'après que Jésus ait eu son expérience 'mystique', sa révélation du Père, et qu'il se lança ensuite dans son propre ministère, les autres l'aient suivi.

Dans cette hypothèse, donc – où la ville de Nazareth est une invention pour justifier, ou camoufler la véritable signification, de l'appellation de nazoréen, nazorénien ou nazarénien qui qualifiait souvent Jésus –, Jésus étant né à Capharnaüm, l'épisode du retour au pays natal est lui aussi une invention, pour expliquer qu'il n'y ait plus vécu au cours de sa vie publique : voilà, c'est parce que c'est Nazareth elle-même qui l'a rejeté. Admettons ! c'était un peu obligatoire de la part de l'évangéliste pour être cohérent. Mais ce qui pose plus problème, alors, est cette unique tentative d'enlèvement de Jésus par sa famille. On imagine mal que, habitants tous la même ville, l'opposition de la famille de Jésus à son aventure ne se soit traduite que par cette seule échauffourée. On se serait plutôt attendu, en ce cas, à ce que la ville se soit divisée en deux clans, ce qui aurait donné lieu à une ambiance de "guerre civile" larvée, avec de nombreux "faits d'armes" de part et d'autre. Mais on ne trouve pas trace d'une telle situation dans les évangiles à propos de Capharnaüm.

Au final, il n'a pas de solution satisfaisante à ces questions. Le scénario de Luc, qui est le plus cohérent en lui-même, a l'inconvénient de sa postériorité aux récits de Marc et Matthieu. On ne comprend pas très bien pourquoi, si Marc avait eu une source qui donnait le même ordre que Luc, il serait allé inverser cet ordre. Si Matthieu avait eu le même ordre que Luc, on pourrait alors penser qu'ils suivaient tous deux la source Q, qui peut rivaliser avec Marc dans l'ancienneté des origines. Mais là, Luc est bien seul, et il a de plus outré son récit au-delà du vraisemblable, en décrivant les habitants de Nazareth prêts à tuer Jésus dès sa première intervention publique : sa version est très peu crédible. Nous ne pouvons pas aller plus loin : la famille de Jésus ne croyait pas en sa mission, le village de Nazareth – s'il existait – partageait la même opinion, et voilà tout.

Mais est-ce important de savoir qui exactement dans ses débuts a cru ou pas cru en lui ? N'est-il pas plus important de nous demander si nous, aujourd'hui, nous croyons en lui, et en qui exactement, en quel Jésus ? Au Dieu sur terre que les évangélistes essaient de nous présenter, ce qui est la raison pour laquelle ils sont bien embarrassés de cette famille au sein de laquelle il a grandi sans, apparemment, s'être rendue compte de rien ? Ou à l'homme qui a fait, à un moment, une expérience inhabituelle, qui l'a profondément bouleversé, au point que la dite famille ne le reconnaissait plus ?

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