L'éternel sabbat
Il partit de là pour aller à la synagogue des Juifs. Or il s'y trouvait un homme qui avait une main paralysée. Et l'on demanda à Jésus : « Est-il permis de faire une guérison le jour du sabbat ? » (C'était afin de pouvoir l'accuser.)
Mais il leur dit : « Si l'un d'entre vous possède une seule brebis, et qu'elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne va-t-il pas la saisir et la faire remonter ? Or, un homme vaut tellement plus qu'une brebis ! Il est donc permis de faire le bien le jour du sabbat. » Alors Jésus dit à l'homme : « Étends ta main. » L'homme l'étendit, et elle redevint normale et saine comme l'autre.
Les pharisiens se réunirent contre Jésus pour voir comment le faire périr. Jésus, l'ayant appris, quitta cet endroit ; beaucoup de gens le suivirent, et il les guérit tous. Mais Jésus leur défendit vivement de le faire connaître. Ainsi devait s'accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe :
Voici mon serviteur que j'ai choisi,mon bien-aimé en qui j'ai mis toute ma joie.Je ferai reposer sur lui mon Esprit,aux nations il fera connaître le jugement. Il ne protestera pas, il ne criera pas,on n'entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n'écrasera pas le roseau froissé,il n'éteindra pas la mèche qui faiblit,jusqu'à ce qu'il ait fait triompher le jugement. Les nations païennes mettent leur espoir en son nom.
voir aussi : Qui est qui ?
Les pharisiens sont les champions de l'époque d'une loi raisonnée, d'une loi qui ne soit plus prise bêtement au pied de la lettre. Mais ils restent quand même prisonniers du principe de la loi : les aménagements, pour eux, doivent à leur tour être répertoriés et codifiés. On reste dans la logique que n'est autorisé que ce qui a été déterminé.
Jésus a hérité de cette libération. Il a été éduqué par des pharisiens et il a su apprécier à sa juste valeur cette percée. Puis il a été plus loin, beaucoup plus loin. Quand il dit que "le fils de l'homme est maître du sabbat", il dit bien qu'il n'a pas besoin de s'accorder au préalable avec d'autres de ce qui est convenable ou pas. Il revendique qu'il a les capacités pour en juger. Seul avec lui-même, ou plutôt : seul avec Dieu.
Et l'expression 'fils de l'homme' n'est pas inclusive de Jésus seul. Le fils de l'homme, c'est-à-dire l'être humain, lorsqu'il incarne pleinement l'humanité, c'est-à-dire lorsqu'il est tel que dans le projet de Dieu sur l'homme, c'est toute personne, c'est chacun de nous. Je ne sais pas si les disciples avaient compris ce sens de l'expression, nous pouvons même être presque sûrs que non. Il n'empêche que c'est bien dans ce sens que le christianisme a su, pas d'un seul coup bien sûr, peu à peu, faire avancer l'humanité. Même à leur corps défendant, parfois, ou souvent (?), les églises sont porteuses de la révolution apportée par Jésus.
A l'époque, ça ne pouvait évidemment pas passer ! Jésus prêche non seulement dans le désert physique mais aussi dans le désert des esprits. Personne ne le comprend, mais peu importe, il ne peut se taire, et quelque chose finira bien par en sortir, un jour. La notation, propre à Matthieu, du texte d'Isaïe, est, une fois de plus, étonnamment appropriée : ce sont les nations païennes qui bénéficieront de ce salut.


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