Donne-nous aujourd'hui
Quand Jésus apprit cela, il partit en barque pour un endroit désert, à l'écart. Les foules l'apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : « L'endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu'ils aillent dans les villages s'acheter à manger ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi ici. » Puis, ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
voir aussi : Banquet improvisé
Pour Matthieu, cet épisode survient quand Jésus apprend qu'Hérode a fait décapiter Jean dans sa prison. A cette nouvelle, nous dt-il, Jésus s'en va, peut-être pour mettre de la distance entre Hérode et lui, plus sûrement pour méditer et prier. Et tandis qu'il manifeste ainsi ce qu'il pense de son roi, les foules de ses compatriotes s'empressent de lui courir après, manifestant elles aussi de quel côté penche leur cœur.
Toute l'ambiguïté de la situation est ainsi déjà exposée par Matthieu, rien que par ce contexte. Jésus n'a certes aucune intention de briguer le poste d'Hérode, mais la misère dans laquelle se trouvent les foules le touche, et ce geste malheureux, pour lequel elles vont vouloir le faire roi, lui échappe alors. Tant qu'il se contentait de les guérir, il restait dans un domaine clairement caritatif. En se mettant à leur donner à manger, il flirte trop avec le politique.
Mais c'est fait. Jésus n'a pas de raison de culpabiliser, d'autant que ce n'est pas lui qui l'a voulu, mais son Père. Mais il va le regretter jusqu'à la fin de sa vie. Il sait bien qu'il ne peut pas leur en vouloir de leur réaction, mais il sait aussi que cette ambiguïté ne pourra jamais se lever. Il est désormais dans une situation inextricable, où il tentera de se débarrasser des oripeaux que tous, à commencer par ses disciples, veulent lui faire endosser, tout en sachant qu'il ne le pourra pas. L'Esprit seul en sera capable, une fois sa mort consommée.


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