On n'est pas des chiens !
Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. - C'est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.
Un des passages les plus clairs qui invalident la christologie haute. On voit bien ici que Jésus était un homme comme tous les hommes, qu'il n'avait pas une connaissance surnaturelle de tout ce qu'il avait à faire. Sa pensée a évolué au cours de son ministère public. Sa vocation, il a eu à la découvrir, comme chacun de nous.
Il est vrai, cependant, que l'ensemble des évangiles donnent très peu de témoignages que Jésus ait pu ainsi élargir la portée de sa mission du seul peuple juif à l'ensemble de l'humanité. Dans les premières communautés chrétiennes, la majorité reste sur une visée quasi exclusive du seul peuple juif. Certains exégètes pensent donc que les quelques passages, comme celui-d'aujourd'hui, sont des ajoûts ultérieurs, inventés de toutes pièces, pour justifier l'élargissement de l'église naissante à l'ensemble du monde païen.
Si c'est le cas, je trouve que les faussaires ont été vraiment très maladroits, en ce qui concerne notre Cananéenne du jour. Quel aurait été leur intérêt à nous montrer un Jésus abrupt à ce point ? Même Marc, dans sa version du même récit, n'ose pas faire dire à Jésus ce "Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël."
Cette phrase est chocante pour nos représentations façonnées par deux millénaires de christianisme universaliste. Je considère que c'est un signe de son authenticité. Mais aussi un signe du fondement historique de cet épisode. Jésus, de son vivant, se concentra essentiellement sur son peuple, Israël, mais ses héritiers ont été fidèles à son esprit en élargissant le champ de la mission à l'ensemble de l'humanité.


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