La clé
Quand ils rejoignirent la foule, un homme s'approcha, et tombant à genoux devant lui, il lui dit : « Seigneur, prends pitié de mon fils. Il a des crises d'épilepsie, il est bien malade. Souvent il tombe dans le feu et souvent aussi dans l'eau. Je l'ai amené à tes disciples, mais ils n'ont pas pu le guérir. »
Jésus leur dit : « Génération incroyante et dévoyée, combien de temps devrai-je rester avec vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le-moi ici. » Jésus l'interpella vivement, le démon sortit de lui et à l'heure même l'enfant fut guéri.
Alors les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent en particulier : « Pour quelle raison est-ce que nous, nous n'avons pas pu l'expulser ? » Jésus leur répond : « C'est parce que vous avez trop peu de foi. Amen, je vous le dis : si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : 'Transporte-toi d'ici jusque là-bas', et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible. »
voir aussi : Echelle de la foi
Pour une fois, j'apprécie pleinement une différence de Matthieu. Dans la version de Marc, la raison que donne Jésus pour l'échec des disciples à expulser ce démon est que "rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière". Ce qui donne l'impression que les exorcismes et guérisons pratiqués par les disciples étaient comme des actes magiques, dans lesquels ils n'avaient pas eu besoin de s'impliquer personnellement.
La prière, ici, est bien sûr à prendre dans un sens large. Elle désigne un état où l'on s'unit à Dieu, où on le laisse prendre sa place en soi. Cet état semble indispensable pour que Dieu puisse agir à travers nous, particulièrement pour que s'accomplissent de tels signes. Matthieu, en parlant du manque de foi des disciples, indique simplement qu'ils ont échoué parce qu'ils n'étaient pas suffisamment unis à Dieu dans ce cas.
De fait, les circonstances plaident bien en ce sens. Cet essai de guérison a eu lieu pendant que Jésus était transfiguré sur la montagne, sous les yeux ébahis de Pierre, Jacques et Jean. On imagine aisément que, laissés à eux-mêmes à ce moment, les autres disciples auront voulu faire les malins avec ce malade arrivé en l'absence de leur maître. Faire croire plus que ce qu'ils étaient. Un peu l'histoire de l'apprenti sorcier.
Finalement, les récriminations de Jésus contre cette génération dévoyée, étaient sans doute plus motivées par les enfantillages de ses disciples que par ce père bien en peine avec son fils.


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