Le grand soir
« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.
« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : 'Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !'
« Alors les justes lui répondront : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu...? tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ?' Et le Roi leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.'
« Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : 'Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.'
« Alors ils répondront, eux aussi : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?' Il leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.'
« Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »
voir aussi : Frères des pauvres, Chèvre ou brebis ?
Voici un texte à la fois très dérangeant pour les institutions éclésiales et pourtant très loin, sur la forme, de ce que Jésus aurait pu enseigner. L'espérance d'Israël, dont Jésus proclamait la venue imminente, le royaume, ne comprend pas cette notion de jugement et de partage entre les gens biens et les autres. Le royaume est un événement qui concerne le peuple d'Israël dans son entier, c'est la restauration définitive de son élection parmi tous les peuples. Dans cette eschatologie, s'il était question de jugement, ce serait plutôt entre Israël et les autres nations, pas entre certains juifs et d'autres.
Par contre, que le critère du jugement soit la charité concrète exercée à l'égard de son prochain, sans tenir aucun compte de la participation aux rites, voilà qui est du pur Jésus dans son inspiration. Les églises ne peuvent pas exister sans un minimum de rituels et cérémonies, c'est ce qui les rassemble, les fonde, et les fait perdurer. Que ceci soit tenu pour rien dans le jugement final ne peut que les interroger. Il leur faut en conclure qu'elles ne peuvent prétendre être l'objectif de la démarche religieuse, elles ne peuvent au plus être que des passeurs. Elles peuvent préparer et introduire, mais l'essentiel se passe ailleurs, entre chacun et son Dieu.
Un homme est venu, il y a deux mille ans. Il a essayé de promouvoir une révolution dans son milieu : passer d'une démarche religieuse extérieure à une aventure spirituelle intérieure. Est-ce bien ainsi que nous l'entendons ?


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