Fatalité
Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.' » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.
« Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »
voir aussi : Qui ça ?
Pourquoi fallait-il qu'il y ait un traître ? Matthieu et Marc disent que c'est pour que cela se passe "comme il est écrit" (καθὼς γέγραπται). C'est un argument un peu faible, au moins pour nous, chrétiens. Il ne nous suffit pas que les écritures disent quelque chose pour que nous puissions l'accepter tel quel sans discussion. Il nous semble légitime qu'il y ait aussi un sens que l'intelligence puisse saisir pour que les écritures soient recevables par notre foi.
Luc, plus prudent (?), dit "comme il a été prévu" (κατὰ τὸ ὡρισμένον). ὡρισμένον vient de ὁρίζω (horizó), mot qui a donné en français : horizon. Donc : vu à l'horizon, planifié, sous-entendu : par Dieu. Luc, finalement, saute juste l'étape de l'écriture, pour dire plus explicitement, du moins à nos oreilles occidentales, que telle était la volonté, tel était le plan, de Dieu.
Nous avons vu hier que Jean ne rentre pas dans ces considérations. Il ne fait nulle mention de cette soit-disant volonté de Dieu qu'il y eût un traître. Il constate simplement que cela s'est passé ainsi. Et je pense qu'il a raison. S'il était inévitable que Jésus se fasse arrêter et soit tué, les modalités concrètes auraient pu en être tout autres sans que cela change quoi que ce soit à la valeur du salut qu'il nous a ainsi apporté.
Judas n'est qu'une figure de toutes les trahisons, de toutes nos trahisons, qui ont mené à l'issue que l'on sait. En tant que telle, et comme toutes les figures (pensons aux fameux 'juifs perfides' de la liturgie catholique), elle a malheureusement tendance à nous permettre de nous dédouaner à bon compte de nos responsabilités. Evitons de nous focaliser sur les "c'est la faute à Judas", "c'est la faute aux juifs, aux judéens, aux saducéens, au sanhédrin" etc ... : c'est notre faute à chacun si le royaume n'est pas encore là.


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